Le e-paiement en Algérie
L’expérience n’est qu’à ses débuts - Par Amar Karali -

Numérique. D’après les informations que nous avons obtenues au département de la communication, il s’avère que le premier bilan révèle des statistiques pour le moins décevantes. Lancé officiellement le 4 octobre 2016 avec les cartes CIB algériennes, le service a enregistré entre octobre 2016 et avril 2017, 1.685 transactions et 36 millions de dinars de ventes.

A l’instar de nombreux pays qui se sont engagés dans la voie d'une politique publique volontariste de développement de l’économie numérique pour ne pas rater le train de la société du savoir et de la connaissance, l’Algérie, de par sa stratégie nationale de renforcement de son édifice en matière de technologie de l'information et de la communication, a entrepris ces dernières années d’importants chantiers pour réaliser ses objectifs.

D'ailleurs, sur le plan institutionnel et à la faveur du dernier remaniement ministériel qui remonte à juin 2016, le staff gouvernemental s’est enrichi d’un nouveau venu, en l’occurrence le ministère délégué auprès du ministre des Finances, chargé de l’Economie numérique et de la Modernisation des systèmes financiers. Aussi, les hautes autorités de l’Etat ont misé sur la domestication rapide de l'économie numérique en Algérie et la modernisation des systèmes financiers, en considérant ce secteur comme névralgique, donc prioritaire, tout en reconnaissant qu’un retard plus ou moins important est à rattraper dans ce domaine. Parmi les lignes directrices de la feuille de route du département naissant figure le e-commerce et notamment le e-paiement et son introduction dans les habitudes quotidiennes des consommateurs. 

En saisissant l'opportunité d'une croissance tous azimuts de l'utilisation de l'outil internet et de son appréciable taux de pénétration, avec actuellement 30 millions d’Algériens connectés à internet, les pouvoirs publics se sont lancés dans un vaste et ambitieux programme de généralisation de l’utilisation de l’outil internet, tout en sachant que l’Algérien est très gourmand des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Néanmoins, apprécier à volonté l’utilisation des TIC en général est une chose, s’en servir à bon escient en est une autre. C’est le cas lorsqu’il est question de faire une évaluation globale de l’opération de mise en oeuvre particulièrement du e-paiement, lancée en grande pompe en octobre 2016 à Alger en présence des principaux hauts responsables des diverses institutions publiques et privées concernés par cet évènement.

Bien que très récente, l’expérience du e-paiement dans son application demeure mitigée et prête parfois à confusion quand nous nous sommes exercés dans le recueil des opinions des catégories d’intervenants pour tenter d’avoir une idée plus ou moins réelle du sujet. D’une part, les entreprises qui se sont proposées d'ouvrir des services à leurs clients désireux adopter ce système de transaction financière, et d’autre part, le clientconsommateur. Cependant, faire un état des lieux sur le e-paiement en Algérie, depuis le lancement du projet en 2009, a nécessité un travail harassant, surtout en l’absence de statistiques fiables qui peuvent servir de baromètre pour la présentation d’un premier bilan de l’opération. Nonobstant toutes les difficultés rencontrées dans la récolte d’informations, nous nous sommes appliqués à classer les données selon leur impact sur le déroulement du processus de la vente via cyberspace.

Dans le cadre de notre enquête, nous nous sommes intéressés à un échantillon de citoyens d’Alger-Centre obligatoirement connectés à un réseau internet et titulaires d’une carte interbancaire (CIB) et d’un code e-paiement à 6 chiffres établi par la banque, tout en possédant un niveau d’instruction qui puisse leur permettre de maîtriser la fonctionnalité de la procédure électronique. Ceci étant, les discussions entreprises avec nos interlocuteurs ont finalement toutes convergé vers deux points essentiels relatifs l’un à la méfiance du numérique et l’autre au poids des habitudes de consommation traditionnelles qui constituent, a priori, les véritables freins à l’adhésion des consommateurs au nouveau système du e-paiement. 

D’ailleurs, pour beaucoup d’entre eux, c’est plutôt la phobie d’être pris dans le piège des transactions électroniques qui les pousse à faire des achats ou à payer des factures en ligne. A ce niveau, ils sont largement majoritaires à ne pas recourir à ce mode de paiement. En fait, cela revient à dire que connaissant le tempérament et le caractère des Algériens, il est pratiquement impossible de leur faire changer leur traditionnel mode d’achat qui commence naturellement par un rituel salam alaykoum (bonjour), suivi de temps à autre par une blague échangée avec le vendeur, avant de faire jouer leur savoir-faire en matière de marchandage et d’appréciation du produit et prendre l’ultime décision d’acheter.

Il y a aussi les idées reçues qui sont très difficiles à combattre, car bien ancrées dans la conscience collective, selon lesquelles le processus du e-paiement est très mal encadré du point de vue de la sécurisation des données confidentielles du client ainsi que l’absence d’une loi sur le e-paiement qui est sensée protéger le client. 

Le cas de la compagnie nationale aérienne Air Algérie
Nous avons poursuivi notre quête de la vérité sur la généralisation du e-paiement et son impact sur les clients, notamment les habitués des voyages avec Air Algérie. D’après les informations que nous avons obtenues au département de la communication, il s’avère que le premier bilan révèle des statistiques pour le moins décevantes. Lancé officiellement le 4 octobre 2016 avec les cartes CIB algériennes, le service a enregistré entre octobre 2016 et avril 2017, 1.685 transactions et 36 millions de dinars de ventes.

Si nous parlons seulement du e-paiement en Algérie, la proportion est faible par rapport aux autres moyens de payement, mais ce n’est qu’un début (après 7 mois seulement de lancement). S’agissant des cartes étrangères Visa/Mastercard, la date de lancement s’est effectuée durant l’exercice 2007/2008, où on a enregistré en 2016 près de 46,3 millions d’euros. Pour la proportion des clients e-payement en général (CIB + Visa/MasterCard), par rapport aux clients AH en général, je ne saurais répondre à cette question, mais en 2016, et si nous prenons le réseau de vente AH (régulier, vente directe), seulement 9% des dossiers de réservation avec billet ont été payés en ligne.

Grand retard dans l'installation des terminaux de paiement électronique
Sur un autre chapitre, même si la nouveauté de cette méthode de paiement avait réellement suscité l'engouement chez les Algériens, il est regrettable de constater que l'opération effective de l'installation des terminaux de paiement électronique (TPE) «accuse un grand retard». On parle de 8.000 TPE déjà opérationnels et accessibles à 1,5 million de détenteurs de cartes et on annonce que 12.000 autres seront accessibles au public avant la fin de l’année 2017. C’est également un handicap de taille qui ne favorise pas la familiarisation du consommateur avec cette nouvelle pratique commerciale. Des sociétés nationales, à l’image de Sonelgaz, ont fait part de leur projet d’extension du réseau d’acceptation TPE qui sera adossé à la mise en place des canaux d’interactions au profit des porteurs et des commerçants ainsi qu’à une campagne de sensibilisation à l’usage de la carte de paiement électronique. Mais, au jour d’aujourd’hui, c’est une promesse sans lendemain.

Le chemin de l’adoption courante du e-paiement par l’Algérien est encore long
En somme, le chemin de l’adoption courante du e-paiement par l’Algérien est encore long et demande un grand travail de pédagogie et de sensibilisation pour gagner la confiance des utilisateurs. Toutefois, cela n’empêche pas que la libéralisation du paiement par internet à l’ensemble des facturiers, des compagnies d’assurance et de transport et de prestataires de services est une phase pour laquelle s’emploie activement le ministère délégué auprès du ministre des Finances, chargé de l’Economie numérique et de la Modernisation des systèmes financiers. Par ailleurs, on assure que la future loi sur le e-commerce va permettre de généraliser le commerce électronique en Algérie en encadrant de manière très précise les transactions commerciales sur le net, puisque les consommateurs manifestent toujours une réticence à se familiariser avec ce nouveau mode de commerce.

Pour les observateurs de l'évolution de l'économie numérique en Algérie, il demeure un travail colossal à entreprendre dans la communication et la pédagogie envers le grand public. Une entreprise interbancaire dont la mission est l’extension et le développement du réseau de l’e-paiement sera créée très prochainement.

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