Crise du Golfe : Un conflit et des enjeux

Conflit. Jamais une crise entre les pays du Golfe n’a pris une telle ampleur. La mise en quarantaine en juin dernier du Qatar par ses «frères» arabes, lui reprochant de «soutenir les organisations terroristes», a révélé au grand jour que le modèle de coopération et de solidarité érigé depuis de longues années au sein du CCG n’était pas aussi solide et durable qu’on l’imaginait. Pour les observateurs avertis, cette crise diplomatique était prévisible en raison de plusieurs facteurs.

Les évènements qu’a connus la région du monde arabe durant ces cinq dernières années ont complètement modifié les rapports de force et les positions des uns et des autres.

Le Qatar, qui avait joué un rôle central dans les révoltes du monde arabe à travers ses médias, ses sources de financement et son armée, est devenu très encombrant et dérangeait de plus en plus les intérêts de plusieurs Etats. Son influence en Egypte, en Libye, en Syrie, à Bahreïn, en Palestine et au Yémen, pour ne citer que ces pays-là, n’est plus à démontrer et à prouver. Doha est arrivé jusqu’à dicter ses lois aux Emirats arabes unis et dans bien d’autres régions, à travers notamment son soutien direct et affiché à l’organisation des Frères musulmans dont les principaux dirigeants ont été longtemps protégés et soutenus. Disposant d’une manne financière importante, le Qatar reste à tout point de vue une puissance gazière à l’échelle internationale.

Cet Etat détient les 3èmes réserves mondiales de gaz conventionnel (13,1% des réserves mondiales), derrière l’Iran (18,2%), pays avec lequel le Qatar partage le champ gazier offshore de North Field, et la Russie (17,3%). Le Qatar est également le premier producteur (76,4 MT/an, soit 31% de la production mondiale) et le premier exportateur mondial de GNL (32% de parts de marché). Ces potentialités lui confèrent donc une position incontestable et un rôle déterminant. Ce qui pousse, d’ailleurs, Doha à s’ingérer dans les affaires internes des autres Etats de la région et même dans d’autres zones. A titre d’exemple, l’implication de cet émirat dans la révolution du Nil, en Egypte, est édifiante, propulsant sur la scène politique les Frères musulmans jusqu’à arracher le pouvoir. Depuis la destitution de leur fidèle allié, Mohamed Morsi, par l’armée égyptienne, le Qatar n’a plus de relation avec Le Caire, continuant à dénoncer à ce jour «un coup d’Etat» d’Abdel Fattah al-Sissi, au même titre que la Turquie qui a rompu ses relations avec l’Egypte.

En Libye et en Syrie, Doha a toujours actionné ses relais lorsque ses intérêts sont en jeu. A Gaza, elle a toujours apporté son soutien à Hamas, en fournissant les armes, les vivres et autres moyens de résistance à l’occupant israélien. Cette aide n’arrange pas l’Etat sioniste et les Etats-Unis d’Amérique. En ayant des relations apaisées avec Téhéran, le petit émirat s’attire aussi toutes les hostilités de ses pays voisins, surtout le royaume d’Arabie Saoudite, qui n’hésite pas à afficher son désaccord vis-à-vis de l’Iran. Pour l’ensemble de ces facteurs, il était totalement prévisible d’assister à ce divorce diplomatique entre les pays du Golfe et le Qatar. Et la crise semble insurmontable à moyen terme.

Les alliances nouées par Doha avec Ankara, Téhéran, Moscou, Pékin et la neutralité affichée par la France et la Grande-Bretagne dans ce conflit laissent comprendre que le bras de fer entre les protagonistes risque de durer. Les exigences formulées par les pays du Conseil de coopération des pays du Golfe pour le rétablissement des relations diplomatiques et la levée des sanctions décrétées ne laissent pas de doute sur l’issue incertaine de cette crise.

Les négociations pour une éventuelle réconciliation sont aujourd’hui au point mort, malgré l’implication directe du Secrétaire d'Etat américain, Rex Tillerson, et du chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, qui ont effectué une tournée dans le Golfe.

Partager cet article

Rédaction et Administration

Lot. Ben Achour Abdelkader Villa n° 27. Chéraga - ALGER

 

Tél. : 213 (0) 21 37.29.63 / 213 (0) 21 36.38.73
Fax : 213 (0) 21 37.58.58

 

redac@actuel-dz.com
l.actuel@gmail.com

Régie Publicitaire et Abonnements

Lot. Ben Achour Abdelkader Villa n° 27. Chéraga - ALGER

 

Tél. : 213 (0) 21 37.29.63 / 213 (0) 21 36.38.73
Fax : 213 (0) 21 37.58.58

 

ANEP Régie presse
1, rue Pasteur - Alger

à Savoir

Les manuscrits, photographies, illustrations ou tout autre document adressés ou remis à la rédaction ne sont pas rendus et ne peuvent faire l’objet d’aucune réclamation.

 

La rédaction

Newsletter

Abonnez-vous à notre Newsletter afin de recevoir nos dernières infos.