Mme Aziza Htira PDG du Cepex Tunisie : «Pour une stratégie export-oriented»

L’Algérie est un partenaire stratégique pour la Tunisie et occupe une place de première importance dans notre plan d’action. A cet effet, nous veillons à être présents dans les différentes manifestations commerciales qui se tiennent en Algérie, nous organisons des rencontres B to B couvrant plusieurs secteurs et plusieurs régions et nous invitons des professionnels algériens aux plus importantes manifestations qui se tiennent en Tunisie.

La Tunisie exporte principalement le ciment, les remorques et semi-remorques, les produits métalliques, les emballages, les médicaments, les produits textiles, etc. et importe dans une grande partie les hydrocarbures à côté d’autres produits comme le verre, le sucre, les boissons et les produits d’emballage. Toutefois, je demeure persuadée que le niveau des échanges ne re ètere guère le vrai potentiel de coopération entre la Tunisie et l’Algérie et que la marge de progression est importante pour hisser notre coopération à un palier supérieur en focalisant sur la complémentarité et la diversication des produits échangés.

L’ACTUEL : Pourriez-vous nous faire une présentation succincte de votre institution, Tunisia Export, son activité et ses objectifs ?

Mme Aziza Htira : Le Cepex est un organisme public créé en 1973, il est placé sous la tutelle du ministère du Commerce et de l’Industrie et a pour vocation la promotion des exportations tunisiennes à l’étranger à travers une palette de prestations et de mécanismes orientés vers les entreprises exportatrices ou potentiellement exportatrices. Le Cepex s’est forgé au fil des années la réputation d’une institution orientée «client» et a institué un ensemble de mécanismes et procédures de management pour faire converger tous ses services vers une seule et unique finalité : la satisfaction de ses clients.

Il va sans dire que la principale richesse dont jouit le Cepex réside dans ses ressources humaines, considérées comme la force de frappe de cette institution d’appui et de soutien à l’appareil exportateur, composé aujourd’hui de plus de 6.000 entreprises décidemment résolues à intégrer ou consolider la présence de leurs produits sur les marchés de l’exportation.

Outre son prolifique programme promotionnel à l’étranger, où l’on recense pas moins de soixante actions équitablement réparties entre participations à des foires et salons internationaux et missions d’hommes d’affaires à l’étranger, le Cepex met à la disposition de ses clients un large éventail de prestations et de mécanismes touchant à l’intégralité de la chaîne de valeurs du process de soutien, à savoir l’appui technique, logistique et financier.

Un réseau de bureaux de représentation aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays vient en appui aux efforts déployés par le Cepex pour être à l’écoute des exportateurs et des exigences des marchés.

Ce réseau est en train d’être étoffé, notamment en direction du continent africain, à travers l’ouverture imminente de nouveaux bureaux sur les marchés que nous considérons prioritaires.

Je termine pour souligner que le Cepex a engagé plusieurs projets de réforme pour adapter son organisation aux nouvelles exigences de l’appareil exportateur et lui permettre de devenir une institution plus performante et plus compétitive.

Comment évaluez-vous à ce jour les échanges commerciaux entre la Tunisie et l’Algérie ?

Les échanges commerciaux entre la Tunisie et l’Algérie ont connu une évolution de près de 7% entre 2015 et 2016, pour atteindre l’équivalent de 1,2 milliard d’euros en 2016.

La Tunisie exporte principalement le ciment, les remorques et semi remorques, les produits métalliques, les emballages, les médicaments, les produits textiles, etc. et importe dans une grande partie les hydrocarbures à côté d’autres produits comme le verre, le sucre, les boissons et les produits d’emballage. Toutefois, je demeure persuadée que le niveau des échanges ne reflète guère le vrai potentiel de coopération entre la Tunisie et l’Algérie et que la marge de progression est importante pour hisser notre coopération à un palier supérieur en focalisant sur la complémentarité et la diversification des produits échangés.

Pouvez-vous nous donner un aperçu sur le nombre d’entreprises tunisiennes installées en Algérie et les secteurs les plus convoités par celles-ci ?

Le nombre d’entreprises industrielles qui opèrent en Algérie est estimé à une trentaine, dont plus de la moitié en partenariat avec des entreprises algériennes selon la règle 59/41. Ces entreprises opèrent dans différentes activités, comme la pièce automobile, le profilé en aluminium, la construction mécanique, les pièces électriques, l’habillement et l’agroalimentaire.

Il est à noter que d’autres entreprises tunisiennes et tuniso-algériennes opèrent dans le secteur des services, à l’instar des TIC, des études et conseils, de l’ingénierie, de la distribution, des finances et du tourisme.

Y a-t-il des dispositions dans votre stratégie a fin d’encourager et accompagner les entreprises tunisiennes à investir en Algérie ?

Le Cepex accorde une importance majeure à l’accompagnement des entreprises tunisiennes qui souhaitent s’implanter à l’international en général et en Algérie en particulier, et ce, à travers des mécanismes d’ordre technique et financier.

Au niveau technique, nous offrons des prestations d’information, de conseil pour aider l’entreprise tunisienne dans les différentes étapes de sa démarche d’implantation à l’étranger. Dans ce contexte, je voudrais revenir sur une action que nous venons d’organiser et qui concerne justement l’Algérie. Il s’agit d’un séminaire d’information intitulé «L’implantation des entreprises tunisiennes en Algérie : vecteur de renforcement du partenariat et de l’intégration économique», avec la participation d’une pléiade d’experts et de responsables algériens et la présentation de quelques success stories. Cette action a permis de donner plus de visibilité aux créneaux de complémentarité, aux secteurs prioritaires en Algérie, aux mesures d’encouragement à l’investissement ainsi qu’aux moyens de financement des projets de partenariat.

Je reviens au deuxième mécanisme, qui est d’ordre financier, il consiste en fait à accorder une aide financière aux projets d’implantation à l’étranger à travers le Fonds de promotion des exportations (Foprodex) ou le projet Tasdir+ qui est engagé avec la Banque mondiale.

Les opérateurs tunisiens envisageraient- ils de rechercher et d’engager des opérations de partenariat avec leurs homologues algériens et dans quels secteurs ?

C’est certain, nos bureaux en Algérie sont en contact permanent avec des opérateurs tunisiens et algériens en quête de partenariats dans différents secteurs d’activité. Je citerai une expérience récente, celle relative à l’organisation de journées professionnelles tuniso-algériennes dans le secteur des composants et des pièces automobiles, qui a permis de relever quelques intentions de partenariat et d’investissement dans le secteur de la sous-traitance automobile. Nous oeuvrons actuellement en coordination avec la profession pour accompagner les opérateurs concernés afin de concrétiser ces projets.

D’autres projets de partenariat dans différents secteurs, comme le tourisme, la formation, les chaussures, les matériaux de construction… sont dans une phase de négociation.

Quelles sont les dispositions arrêtées dans votre stratégie a fin de booster les exportations tunisiennes ?

Tout d’abord, je voudrai rappeler que l’exportation a toujours été en haut des priorités de tous les plans de développement qui se sont succédé et ne cesse de s’affirmer comme le pilier sur lequel repose le modèle économique tunisien.

Depuis le début des années 1970, l’Etat avait institué une série de mesures et de législations, dont le fameux code des investissements de 1972 et sa pléthore de mesures incitatives à l’investissement tant bien locales qu’étrangères, et aussi par la création d’une belle brochette d’organismes d’appui, notamment le Cepex, une année plus tard, pour apporter le soutien technique et singulier dans l’accompagnement de ces jeunes PME aussi bien en amont qu’en aval de ce long et laborieux processus jusqu’à tenter l’aventure de l’export.

Un défi qui place le Cepex sur le devant de la scène pour embellir les indicateurs du commerce extérieur de la Tunisie et conférer à l’exportation une place plus importante dans le modèle économique tunisien.

S’appuyant sur des atouts indéniables qui la placent en bonne position pour devenir une plateforme de choix pour l’exportation de biens et services non seulement dans son espace régional, mais un peu partout dans le monde, la Tunisie a réussi, de tout temps, à s’adapter aux exigences de la demande internationale en misant essentiellement sur l’éducation, la formation et l’ouverture culturelle. Son emplacement géographique exceptionnel fait d’elle un carrefour des échanges entre les deux rives de la Méditerranée et une porte d’entrée vers le marché de l’Union européenne.

Cet avantage prend tout son sens avec l’intégration à la zone de libre-échange avec l’Union européenne, devenue effective à partir du 1er janvier 2008. Depuis, le volume des échanges extérieurs de la Tunisie a connu un bond significatif aussi bien pour les importations que pour les exportations, pour atteindre 70 milliards de dinars (environ 35 milliards d’euros) avec un taux de croissance annuel moyen de 4% enregistré durant les cinq dernières années.

De toute évidence, l’Union européenne et ses 500 millions de consommateurs demeure le principal partenaire économique et commercial de la Tunisie. Elle se taille la part du lion de nos échanges extérieurs avec plus de 70% ; cependant, une nette volonté de diversification de nos marchés s’affirme d’une façon ostensible traduisant une vision politique prospective pour faire du «Made in Tunisia» un label reconnu dans les quatre coins du globe. Ce faisant, la Tunisie a réussi à mettre sur le marché international un assortiment d’environ 5.900 produits disséminés dans 159 destinations export. L’Etat s’emploie avec ardeur à mettre en oeuvre les dispositions nécessaires qui sont à même de concrétiser cette vision stratégique en multipliant les partenariats économiques à travers une approche bidimensionnelle.

De toute évidence, l’Union européenne et ses 500 millions de consommateurs demeure le principal partenaire économique et commercial de la Tunisie. Elle se taille la part du lion de nos échanges extérieurs avec plus de 70% ; cependant, une nette volonté de diversification de nos marchés s’affirme d’une façon ostensible traduisant une vision politique prospective pour faire du «Made in Tunisia» un label reconnu dans les quatre coins du globe. Ce faisant, la Tunisie a réussi à mettre sur le marché international un assortiment d’environ 5.900 produits disséminés dans 159 destinations export. L’Etat s’emploie avec ardeur à mettre en oeuvre les dispositions nécessaires qui sont à même de concrétiser cette vision stratégique en multipliant les partenariats économiques à travers une approche bidimensionnelle.

D’une part, en élargissant le champ des accords bilatéraux et multilatéraux où l’on recense à ce jour plus d’une vingtaine entre accords d’association, accords de libre-échange et système généralisé de préférence, et d’autre part, en donnant un coup d’accélérateur aux actions promotionnelles et d’accompagnement des entreprises tunisiennes, ordonnées par le Cepex, sur des marchés encore inexploités où l’on jouit d’une bonne réputation et d’un fort potentiel d’exportation pour nos produits et services.

Quelles sont les dispositions éventuelles qui permettraient un développement privilégié dans le cadre d’échanges commerciaux entre la Tunisie et l’Algérie ?

L’Algérie est un partenaire stratégique pour la Tunisie et occupe une place de première importance dans notre plan d’action. A cet effet, nous veillons à être présents dans les différentes manifestations commerciales qui se tiennent en Algérie, nous organisons des rencontres B to B couvrant plusieurs secteurs et plusieurs régions et nous invitons des professionnels algériens aux plus importantes manifestations qui se tiennent en Tunisie. Nous accordons de l’importance à la coopération institutionnelle (le Cepex a signé un accord de coopération avec l’Algex) et nous soutenons toutes les initiatives qui visent à rapprocher les milieux d’affaires des deux pays et qui sont engagées par les chambres de commerce et les structures privées. Je tiens à rappeler enfin que le Cepex a ouvert un bureau de représentation commerciale à Oran depuis le début de cette année pour contribuer à dynamiser le niveau de coopération avec la région ouest de l’Algérie.

En dehors des évènements économiques dans nos deux pays, que sont les foires et les salons et qui ont montré leurs limites, pensez-vous qu’il y aurait d’autres formules à étudier afin de permettre une meilleure connaissance des deux marchés respectifs, comme par exemple des bureaux de représentation (groupe d’opérateurs par secteur d’activité) tunisiens en Algérie et inversement en Tunisie, avec pour objectif de mieux faire connaître les produits et leurs qualités et mettre en place une stratégie en marketing ?

Effectivement, la participation aux foires et salons n’est qu’une composante de notre démarche de promotion et de partenariat. Nous avons engagé depuis quelques années l’expérience des rencontres B to B qui a fait preuve de son efficacité, mais nous nous attachons à accorder plus d’importance aux échanges d’informations, à l’organisation des séminaires et workshops sectoriels et pourquoi pas la création des espaces virtuels ou plateformes électroniques d’information et de mise en relation. Nous soutenons les groupements économiques et nous les incitons à multiplier les contacts et développer le partenariat notamment dans des secteurs à haute valeur ajoutée.

Je prendrais l’exemple du secteur des TIC où nous oeuvrons pour organiser une rencontre entre les groupements concernés de nos deux pays qui opèrent dans ce secteur, et ce, en marge du salon Sitic Africa qui se tient à Tunis du 18 au 20 avril 2017.

L’objectif de cette action est de permettre la mise en place d’une vision partagée et un plan d’action concret pour développer la complémentarité dans ce secteur d’importance capitale.

Au niveau des mégaprojets, tels que les infrastructures autoroutières, le secteur de l’hydraulique, la construction, mais aussi la sous-traitance dans le secteur de l’automobile (voir les nouveaux contrats de réalisation d’usines de montage de véhicules en Algérie), les opérateurs tunisiens sont absents. Comment expliquezvous cela ?

Certes, nos entreprises ne sont pas présentes dans les mégaprojets que vous venez de citer, mais je peux vous assurer que plusieurs multinationales font recours à des experts tunisiens dans le cadre de ce genre de projets.

Concernant la sous-traitance dans le secteur de l’automobile, comme je vous l’ai déjà précisé, nous sommes en train de déployer les efforts nécessaires pour aider nos entreprises à concrétiser des projets de partenariat dans ce domaine en coordination avec les structures professionnelles tunisiennes et algériennes concernées.

Nous vous laissons le mot de la fin pour conclure cet entretien…

Les relations entre la Tunisie et l’Algérie sont et resteront exemplaires, les deux pays partagent l’histoire, ils doivent aujourd’hui partager la prospérité.

Nous devrons oeuvrer d’arrache-pied pour construire ensemble un véritable partenariat stratégique en mettant en commun nos atouts et en harmonisant nos démarches.

Le Cepex continue à jouer son rôle de facilitateur des échanges et ne ménagera aucun effort pour servir la coopération tuniso-algérienne.

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