Filière agricole : Un secteur qui peine à trouver son chemin en Algérie

Autosuffisance. 2017 est pour le citoyen algérien une année très «fruitée», marquée par l’abondance, la variété et surtout les prix abordables des produits agricoles, fruits et légumes. Ce ne sont malheureusement pas toutes les régions et villes du pays qui ont connu cette grande variété de la saisonnalité des aliments. Certaines en ont même été dépourvues ou bien l’ont connue avec moins de variété et à des prix élevés. Certains produits ont connu un autre sort encore moins heureux, il s’agit du même phénomène qui revient

Certains produits agricoles ont connu une surproduction qui n’a pas pu être écoulée sur le marché ou sur les autres réseaux preneurs, à tel point que les agriculteurs ont vu le résultat de leurs efforts s’évaporer, une grande partie d’entre eux ont été contraints de laisser leurs récoltes pourrir sur les bordures de routes et des décharges sauvages improvisées à cet effet, le cas le plus éloquent est celui de la production de la tomate industrielle.

Les producteurs ont justifié cet état de fait par le refus des industriels à acquérir ces produits ; du côté des industriels agroalimentaires, le refus de reprendre les produits est dû à l’absence d’une qualité minimale dans les fruits et légumes proposés par les producteurs, préférant ainsi avoir recours à d’autres voies d’acquisition, l’importation des intrants en l’occurrence.

Un deuxième cas à peu près similaire est celui de la tentative d’exportation d’une partie de la production de la pomme de terre vers le Qatar, à la suite de la crise qui a frappé ce pays et qui est due à l’embargo imposé par les autres pays du Golfe, en plus de l’Egypte. En effet, la pomme de terre algérienne s’est vue refoulée faute de calibre approprié et qui est exigé par ce pays.

C’est dire que le niveau de réflexion n’a pas évolué d’un iota depuis l’indépendance, ce n’est qu’une fois le produit entreposé dans les caisses que la question se pose autour des voies de son écoulement. Une erreur stratégique de raisonnement qui a coûté cher et qui a aussi engendré un manque à gagner de plusieurs millions de dollars.

Bien que l’attitude simpliste des producteurs soit à l’origine des faits, il n’en demeure pas moins que la réflexion à l’échelle globale reste très restreinte, au vu du retour de manivelle qui a surpris tous les acteurs de cette scène. A tel point que les autorités elles-mêmes souhaitent éviter le sujet aux questionnements de la presse.

Apparemment, les pouvoirs publics, bien que des efforts colossaux aient été consentis, peinent à réussir à coordonner les efforts des opérateurs ; si la production trébuche un peu pour trouver preneur, le grand absent de cette équation est bien la chaîne logistique qui fait gravement défaut.

En effet, il faudrait reconnaître que l’Etat a mis de gros moyens pour le développement du secteur agricole, environ 220 milliards de dollars ont été investis pour le développement de la partie amont, relative à la production, ainsi qu’à la partie aval, c'est-à-dire la partie en relation avec l’industrie agroalimentaire.

Le secteur agricole, qui, dans sa partie amont, emploie environ 1,6 million de personnes (23% de la population active), est ainsi devenu le contributeur principal à la richesse nationale hors hydrocarbures (11% du PIB), et bien qu’il soit encore en phase de démarrage, il commence à dégager dans certaines filières des excédents susceptibles d’alimenter l’industrie agroalimentaire. Simplement, les professionnels font remarquer que près de 60 à 70% de la production agricole ne sont pas acheminés vers les marchés de gros ou vers les entreprises agroalimentaires, c’est ce qui pourrait expliquer, dans une certaine mesure, la hausse des prix qui s’est installée après un mois de Ramadhan plutôt clément. Ainsi, les organes de régulation n’ont inéluctablement plus les moyens d’agir sur leurs coûts et prix. Les représentants des commerçants de gros accusent certains agriculteurs de complicité avec les spéculateurs.

Ils affirment : «Nous avons découvert un maillon manquant entre la récolte et la commercialisation, étape à laquelle interviennent les spéculateurs et les intermédiaires, les produits étant directement orientés vers le marché illégal.» D’après l’état des lieux qu’ils dressent du secteur, les quantités à la production suffisent amplement pour la satisfaction de la demande à tous les niveaux, soit à la consommation directe ou à l’orientation vers la filière agroalimentaire. Toute la problématique est dans la logistique et l’emprise de la spéculation.

Afin de remédier à cette situation, les professionnels recommandent aux autorités d’élaborer un règlement qui oblige les agriculteurs et même les importateurs à vendre leurs marchandises au niveau des marchés de gros seulement, où l’accès ne serait autorisé qu’aux commerçants détenteurs de cartes professionnelles du secteur agricole.

Idem pour les produits destinés à l’agroalimentaire, l’acheminement des produits serait assuré depuis le producteur vers l’usine de façon directe, avec des contrôles assurés par les services compétents afin de limiter les effets néfastes de la spéculation sur le niveau général des prix.

En résumé, les autorités doivent mener un certain nombre d’actions pour que les efforts consentis jusqu’ici soient couronnés de succès ; tout d’abord, il y a l’action à mener afin de développer le réseau logistique sur lequel repose en grande partie le domaine de l’agriculture ; ensuite, l’action gouvernementale doit porter sur le contrôle afin de limiter le nombre d’intervenants sur le marché et sur la maîtrise des niveaux des prix ; enfin, une réflexion de base est à mener sur l’organisation du secteur agricole afin que celui-ci soit, avec celui de l’industrie, le précurseur pour une indépendance vis-à-vis du pétrole, devenu un élément d’inquiétude du fait de la dépendance de toute l’économie nationale à cet élément.

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