Importations : Brouille diplomatique et commerciale

Panique. Pour rappel, le 15 mars 2017, l'ex-ministre du Commerce par intérim, Abdelmadjid Tebboune, pour limiter la facture des importations, avait décrété que l’ensemble des produits importés doivent être soumis dorénavant à une licence, et bien entendu, la céramique espagnole n’a pas échappé à la fameuse liste des 21 produits concernés par cette mesure. Une situation qui a finalement provoqué une grande panique dans les milieux de l'industrie de la céramique espagnole.

En recevant en audience, le 25 septembre 2017, Santiago Cabanas Ansorena, ambassadeur d'Espagne en Algérie, le ministre de l’Industrie et des Mines, Youcef Yousfi, n’a certainement pas manqué de mettre en exergue la volonté des autorités algériennes de renforcer les relations «très anciennes et stratégiques» entre les deux pays, notamment par le lancement de projets de partenariat industriels structurants et s’inscrivant dans le long terme.

Par la même, le premier responsable du département ministériel de l’industrie et des mines a convié les opérateurs économiques espagnols à saisir les opportunités d’affaires très incitatives offertes par l’Algérie pour venir s’installer et produire localement afin de compenser le manque à gagner résultant de la diminution de leurs exportations vers l’Algérie. En d’autres termes, M. Yousfi a signifié à son interlocuteur la nouvelle vision selon laquelle l’Algérie ne peut plus rester un simple marché de l’exportation. Selon un communiqué du ministère de l’Industrie et des Mines diffusé à l’issue de ces entretiens, Santiago Cabanas Ansorena a noté que les exportations de son pays en direction du marché algérien ont enregistré une diminution suite aux dernières mesures régissant le commerce extérieur de l’Algérie, tout en admettant comprendre parfaitement le bien fondé de ces mesures imposées par une conjoncture économique difficile. Cependant, il s’avère que l’affaire de la céramique espagnole s’est invitée dans les discussions suite à la chute des exportations de ces marchandises vers l’Algérie à la faveur des mesures d’interdiction d’entrée de la céramique, la faïence et la dalle de sol fabriquées en Espagne, engendrant un inquiétant manque à gagner aux usines ibériques.

Pour rappel, le 15 mars 2017, l'ex-ministre du Commerce par intérim, Abdelmadjid Tebboune, pour limiter la facture des importations, avait décrété que l’ensemble des produits importés doivent être soumis dorénavant à une licence, et bien entendu, la céramique espagnole n’a pas échappé à la fameuse liste des 21 produits concernés par cette mesure. Une situation qui a finalement provoqué une grande panique dans les milieux de l'industrie de la céramique espagnole.

La solidarité des diplomates et des médias espagnols

Aussitôt informés par cette mauvaise nouvelle sur le plan socioéconomique de toute la région de Valence, plus exactement de Castellon (fleuron de la céramique espagnole), la réaction des médias espagnols ne s’est pas fait attendre, ils se sont jetés dans la bataille de reconquête du marché algérien de la céramique. En effet, selon le célèbre quotidien espagnol El-Mundo, le bilan du commerce extérieur au niveau du port de Castellon a fait état de la perte d’environ 50 millions d’euros par les sociétés espagnoles productrices et exportatrices de céramique due à l’interdiction d’entrée de leurs produits en Algérie, indiquant que le recul des quantités exportées a atteint 94% depuis le 1er avril 2017. Selon la même source, les produits exportés en Algérie de janvier à août 2017 se sont établis à 137.000 tonnes, soit une baisse de 25% par rapport à la même période de l’an dernier.

En d’autres termes, ces entreprises n’auraient exporté que 50.000 tonnes, dont le recul est estimé en avril à 94%, date à laquelle ces produits étaient soumis à une licence d’importation. Sur un autre chapitre, des sources médiatiques ont indiqué que des démarches ont été entreprises par le biais des canaux officiels dans le but de forcer Alger à lever ce blocus et ainsi mettre fin aux restrictions algériennes sur les importations de céramique, notamment la faïence et la dalle de sol. Même les instances de l’Union européenne ont fait état de leur inquiétude concernant ce problème commercial, en intercédant auprès des pouvoirs publics algériens.

Statu quo après l'arrivée d'Ahmed Ouyahia

Après le recadrage de M. Tebboune par le président Bouteflika concernant la libération des conteneurs bloqués au niveau des ports, la nomination d’Ahmed Ouyahia en tant que Premier ministre en août 2017 a redonné confiance aux exportateurs espagnols. Mais, c’était un faux espoir, au grand dam des industriels espagnols. Une note du ministère du Commerce a mis dans la confusion les industriels de la céramique qui piaffaient d’impatience de voir enfin la fin de leur cauchemar.

En réalité, le ministère du Commerce avait rendu public un communiqué dans lequel il annonçait que l'octroi des licences d'importation avait été modifié seulement dans sa mise en oeuvre, le ministère étant désormais en charge de délivrer cette autorisation, après accord de la commission et du Premier ministre. Du temps de l’ex-gouvernement, cette licence d'importation était octroyée par le même ministère, mais elle devait être obligatoirement «validée» par le Premier ministre. M. Ouyahia a donc donné plus de champ et de liberté d'action à son ministère du Commerce.

Le décret exécutif du 22 août stipulait que «les licences d'importation sont octroyées par le ministre du Commerce, sur proposition du comité interministériel permanent, après accord du Premier ministre». Or, en juin dernier, le gouvernement Tebboune avait changé significativement le mode de délivrance des licences d'importation, en y incluant la condition selon laquelle «toute décision du ministère du Commerce relative à l'octroi d'une licence doit être validée par le Premier ministre». C'est-à-dire un «feu vert» écrit du Premier ministre.

Et donc, le régime des licences d'importation ou d'exportation n'est pas abrogé, mais seulement modifié, stipulant que c'est bien le ministère du Commerce qui délivre les licences d'importation ou d'exportation, sans qu'il y ait le «visa» du Premier ministère. Une précision de taille mal interprétée aussi bien en Algérie que parmi les professionnels de la céramique en Espagne, qui attendent avec une extrême inquiétude l'octroi des nouvelles licences d'importation.

Alger avait frôlé un incident diplomatique avec Madrid

L’Algérie a refusé en avril dernier d’accorder l’agrément au diplomate José Maria Riado, proposé par le gouvernement Rajoy pour le poste de consul d’Espagne à Alger, avait indiqué El-Pais. Un refus non motivé, le ministère espagnol des Affaires étrangères ayant «pris note» du rejet, rapportent des médias ibériques.

L’Exécutif prévoit de présenter un nouveau candidat aux Algériens. La version en ligne d’El-Pais estime que les autorités du voisin de l’Est n’auraient pas apprécié l’essai de M. Riado, El vacío éloquente (le vide éloquent), sur l’écrivain Albert Camus. Son amitié avec l’écrivain espagnol Juan Goytisolo, décédé et enterré en juin dernier à Marrakech, aurait plombé sa candidature, ajoute la même source. Cependant, José Maria Riado, également éditorialiste, avait pris en 2010 la tête d’un groupe d’intellectuels espagnols ayant demandé à José Rodriguez Zapatero, alors chef du gouvernement, de cesser de s’aligner sur les positions marocaines sur la question du Sahara Occidental. Un appel lancé en réaction au démantèlement du campement de Gdeim Izik par les forces de l'ordre marocaines. M. Riado avait également suivi la «grève de la faim» observée par Aminatou Haidar à l’aéroport de Las Palmas, en décembre 2009.

Partager cet article

Rédaction et Administration

Lot. Ben Achour Abdelkader Villa n° 27. Chéraga - ALGER

 

Tél. : 213 (0) 21 37.29.63 / 213 (0) 21 36.38.73
Fax : 213 (0) 21 37.58.58

 

redac@actuel-dz.com
l.actuel@gmail.com

Régie Publicitaire et Abonnements

Lot. Ben Achour Abdelkader Villa n° 27. Chéraga - ALGER

 

Tél. : 213 (0) 21 37.29.63 / 213 (0) 21 36.38.73
Fax : 213 (0) 21 37.58.58

 

ANEP Régie presse
1, rue Pasteur - Alger

à Savoir

Les manuscrits, photographies, illustrations ou tout autre document adressés ou remis à la rédaction ne sont pas rendus et ne peuvent faire l’objet d’aucune réclamation.

 

La rédaction

Newsletter

Abonnez-vous à notre Newsletter afin de recevoir nos dernières infos.