Les carburants plus chers en 2018 : L’effet boomerang ne peut être évité

Retour de manivelle. Alors que l’année 2017 s’apprête à tirer sa révérence, au grand dam du pouvoir d’achat d’une grande majorité des citoyens algériens, la nouvelle s’annonce encore plus inquiétante. Force est de constater que, hélas, la future loi de finances pour 2018 promet d'être particulièrement éprouvante pour les Algériens. Les hausses, particulièrement importantes, qu'elle prévoit concernant certains produits de très large consommation ne seront pas sans conséquences sur le pouvoir d'achat, déjà bien éprouvé et érodé sans cela.

Depuis son come-back quelque peu inattendu à la chefferie du gouvernement, Ouyahia est resté égal à lui-même, il continue de déclencher des tollés au sein de l’opposition et d’une partie de l’opinion publique. Connu pour être un homme des situations compliquées, adepte des mesures qui fâchent, autrement dit antisociales, ce fidèle commis de l’Etat a promptement mis au point son plan de guerre contre la crise.

Selon le magazine français Le Point, qui cite des sources algéroises, la nouvelle orientation du gouvernement est inspirée de trois économistes de haut rang. Raouf Boucekkine, professeur d'économie à Aix-Marseille (School of Economics) et directeur général de l'Institut d'études avancées d'Aix-Marseille ; Elies Chitour, consultant installé à Dubaï ; et Nour Meddahi, professeur d'économie à Toulouse School of Economics, un autre auteur d'un document de référence : «L'emprunt national est une urgence économique». Nour Meddahi recommande à Alger de manoeuvrer un ensemble de leviers de façon modérée, en étroite collaboration avec la Banque d’Algérie, pour contrer la crise : «Maintien de la trajectoire budgétaire, baisse du dinar, création monétaire par la Banque d'Algérie et réformes structurelles, à commencer par la révision à la hausse des prix du carburant.» Du coup, celle-ci entraînera inéluctablement celle des tarifs des transports.

Les citoyens paieront plus cher l'ensemble de leurs déplacements. Eux qui consacrent à la nourriture et au paiement des factures le plus clair de leurs rentrées financières et qui ne s'offrent pratiquement jamais ni loisirs ni vacances dignes de ce nom, pourraient ainsi être amenés à dédier un budget spécial à leurs déplacements, qu'ils soient véhiculés ou pas. Plus grave, et plus important encore, la hausse des prix du carburant induira automatiquement celle de l'ensemble des produits que nous consommons, à commencer par les fruits et légumes. Les camions qui les transportent, en effet, factureront plus cher ce service.

Le ministre de l'Energie minimise l’impact sur l'inflation ou sur le pouvoir d'achat du citoyen
Dans son argumentation relative à cette décision, l’Exécutif estime qu’il existe actuellement une surconsommation et qu’il faut augmenter la taxe sur les produits pétroliers (TPP). Ainsi, le prix à la pompe d’un litre d’essence normale sera de 38,64 dinars, au lieu de 32,69 dinars actuellement. Le prix d’un litre de l’essence super augmentera de 5,9 dinars pour se fixer à 41,67 dinars. Idem pour le sans plomb qui passe de 35,33 dinars à 41,28 dinars.

Le gasoil connaîtra une augmentation de 2 dinars pour être vendu à 22,80 DA le litre. Lorsque notre ministre de l'Energie, Mustapha Guitouni, évoque les futures hausses attendues dans les prix des carburants proposées dans le cadre du projet de loi de finances pour 2018 et leur impact, notamment sur le pouvoir d'achat des citoyens, ce dernier devient très rassurant. Il est même très sûr de lui en déclarant devant les membres de la commission Finances et Budget de l'Assemblée populaire nationale (APN), lors de l'audience du 26 octobre, que les légères augmentations n'auront pas un grand impact sur l'inflation ou sur le pouvoir d'achat du citoyen.

Selon les objectifs du gouvernement, ces mesures qui ont été engagées vont rationaliser consommation locale en pétrole, laquelle, faut-il le souligner, est passée de près de 210.000 barils en 2010 à 420.000 barils en 2017. Dans ce cadre, le ministre de l’Energie n’a pas manqué d’insister sur la nécessité d'aller vers l'utilisation du Sirghaz, affirmant que ce type d'énergie aura un effet positif sur l'environnement et sur le citoyen eu égard à son prix par rapport aux prix des carburants. Aussi, l'Algérie produit près de 11,5 millions de tonnes de carburants par an (essence, gasoil et kérosène), tandis que le volume de consommation a atteint 15 millions de tonnes ; la différence, de l'ordre de 3,5 millions de tonnes, étant importée avec une facture dépassant un milliards de dollars par an.

Le risque d’un saut dans l'inconnu attend le pays en entier
Cependant, tout porte à croire qu’une grande majorité de produits, qu’ils soient alimentaires, du BTPH, ou les tabacs et bien d’autres, ont enregistré une flambée des prix avant même l’entrée en vigueur de LF 2018, ce qui n’augure rien de bon. Les observateurs de la scène économique nationale vous diront que, pour l’instant, ce n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend, la prochaine année. Selon leurs prévisions pessimistes, le pire est à venir. La crise économique et financière qui nous est tombée sur la tête en conséquence de la chute des cours du baril de pétrole risque, en effet, de connaître l'année prochaine un tournant historique pour l'Algérie.

Particulièrement difficile, ce cap à dépasser impliquera très certainement d'incommensurables sacrifices. Mais, les Algériens sont-ils prêts à se laisser administrer une pilule aussi amère, eux qui ont déjà consenti par le passé pas mal de sacrifices sans jamais bénéficier d'un quelconque renvoi d'ascendeur, et qui ont vu filer sous leur nez des sommes astronomiques quand le dollar se portait à merveille, sans que l'Algérie n'ait pu se doter d'une industrie concurrentielle, ni rendre son agriculture et son tourisme plus performants… Résultat des courses : l’Exécutif qui crie sur tous les toits qu’il gère la situation tout en protégeant le pouvoir d’achat de larges couches de la population semble plutôt hors-champ des préoccupations de ces dernières. Néanmoins, cela risque de porter préjudice à la paix sociale, si fragile ces derniers mois.

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