Industrie des matériaux de construction en Algérie : Le ciment sort du lot

Vedette. S’il y a un matériau qui a volé la vedette à tous les autres en matière d’exportation, c’est bien le ciment.

Les dernières opérations de chargement à destination de l’étranger entreprises par le groupe public Gica et le groupe privé Lafarge- Holcim Algérie est une preuve de l’émergence de ce marché en pleine expansion. Toutefois, il est intéressant de comprendre l’évolution du secteur de l’industrie des matériaux de construction en Algérie, laquelle a traversé plusieurs étapes au gré des divers modèles de politique d’orientation dans ce domaine depuis l’indépendance du pays. Ainsi, tout le monde se souvient du lancement du fameux programme étatique volontariste d’industrialisation tous azimuts des années 1970 qui a donné naissance à de gigantesques complexes industriels, à l’image de la cimenterie de Meftah, accompagnée par la création de la Société nationale des matériaux de construction (SNMC). Ce schéma directeur des industries industrialisantes a permis à l’Algérie de se doter d’une base d’infrastructures industrielles, de créer des milliers d’emplois et enfin de se substituer aux importations de certaines matières premières, souveraineté nationale oblige.

Au jour d’aujourd’hui, la première des questions qui nous vient à l’esprit est : quels produits, techniques et services sommes-nous arrivés à maîtriser dans la branche industrielle des matériaux de construction et quel est le degré d’indépendance face à la compétitivité internationale ? Au fil des années, l’espace des matériaux de construction s’est retrouvé par la force des choses au centre des intérêts des pouvoirs publics au regard des engagements qu’ils ont pris concernant les grands projets de réalisation d’habitats toutes catégories confondues.

Du coup, il serait pertinent de comprendre comment s’est comportée l’évolution de la production des matériaux de construction ces dernières années. Est-elle en mesure de répondre d’une manière satisfaisante à la demande colossale en ciment, rond à béton, bois, faïence, etc... ?

Priorité à la satisfaction des besoins nationaux

L’ex-ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, Abdelmadjid Tebboune, avait affirmé lors de l’inauguration du 20ème Salon international du bâtiment, des matériaux de construction et des travaux publics (Batimatec 2017) que le taux d’intégration national dans la réalisation des logements avait dépassé les 85%, relevant que les mesures strictes prises par ses services, en obligeant les maîtres d’ouvrage à utiliser des matériaux de construction produits localement, ont permis au Trésor public d’économiser 1,4 milliard de dollars en 2016.

Toutefois, force est de constater que les besoins demeurent colossaux en matériaux de construction. Selon les objectifs assignés au département ministériel de l'habitat en matière de besoins en matériaux de construction dans le cadre du programme gouvernemental de construction de logements ainsi que les structures d’accompagnement, les chiffres avancés par les officiels exigent vraisemblablement un potentiel de production national des plus performants tant en quantité qu’en qualité.

Ainsi, concernant les besoins en matériaux de construction pour le programme en cours ainsi que celui de 2018-2019, il est prévu que les besoins du secteur jusqu’en 2019 sont estimés à 3 millions de tonnes de fer, 30 millions de tonnes de ciment, 30 millions de tonnes de briques, 110 millions m2 de carrelage, 50 millions m2 de céramique, 6 millions d’unités de robinetterie, 2 millions d’équipements sanitaires, outre des équipements électriques (câbles et fils). C’est dire que les responsables des entreprises nationales publiques et privées ont du pain sur la planche.

Le ciment, pivot de la construction

A en croire les responsables du département ministériel de l’industrie et des mines, les crises cycliques dans la disponibilité du ciment en Algérie feront désormais partie de l’histoire. Et pour cause, dès 2016, on a commencé à parler pour la première fois du passage de l’autosuffisance à l’exportation. A cette époque, un certain nombre de projets de cimenteries étaient sur le point de faire démarrer leurs chaînes de production et du coup les spécialistes en la matière n’ont pas hésité à tabler sur des excédents en ce matériau sur le marché local. Pour les analystes du secteur de l’industrie et des mines, c’est plutôt l’exportation qu’ils visaient au regard du fait que les prévisions de production présentées par les cimenteries publiques et privées dépassaient toutes les attentes.

«L'année 2017 sera celle de la fin de l'importation par l'Algérie du ciment à la faveur des cimenteries réalisées ou en voie de l'être à travers différentes régions du pays, dont la capacité de production globale annuelle devrait atteindre les six millions de tonnes.»

Une déclaration faite en grande pompe par un ex-ministre de l’Industrie en 2016. A l’horizon 2020, la capacité de production du pays doit augmenter à 40,6 millions de tonnes avec 20 millions de tonnes pour le seul groupe public Gica et 11,1 millions de tonnes pour LafargeHolcim Algérie, ainsi que 9,5 millions de tonnes pour les opérateurs privés.

L’Algérie a connu en décembre 2017 sa première opération d'exportation de ciment. L’honneur est revenu à la société LafargeHolcim Algérie grâce à la réalisation de cette première opération d'exportation de ciment gris. A ce propos, LafargeHolcim Algérie ambitionne de hisser ses exportations vers l’Afrique de l’Ouest à 5 millions de tonnes à l’horizon 2020. Pour sa part, le groupe étatique Gica mène actuellement des négociations avec des opérateurs internationaux pour créer des partenariats dans le but de faire le saut de l’export de son excèdent de production de ciment. Très encouragé par un record de production de près de 14 millions de tonnes en 2017, soit une hausse de plus de 1,34 million de tonnes (11%) par rapport à 2016, le groupe Gica est capable d’écouler son produit sur le marché extérieur.

Après l’autosuffisance, l’exportation

Jusqu’en 2016, l’Algérie était le plus grand importateur de rond à béton dans le monde, dont le volume s’est élevé à 2,6 millions de tonnes, ce qui représente 11,1% des importations mondiales. Aussi, selon des déclarations attribuées à l’actuel ministre algérien de l'Industrie et des Mines, la production sidérurgique annuelle sera portée à 12 millions de tonnes à l'horizon 2020, contre 2,5 millions de tonnes enregistrées en 2016, grâce à l'entrée en exploitation des projets publics et privés en cours de réalisation.

L'Algérie serait sur la voie d’augmenter considérablement sa production sidérurgique. En effet, aux 3,5 millions de tonnes annuelles de capacités installées actuellement, sans le complexe El-Hadjar, viendront s'ajouter les 8,5 millions de tonnes par an des projets en cours. Selon le ministre, si le complexe El-Hadjar arrive à atteindre son niveau de production de 1,2 million de tonnes par an, la capacité globale prévue pourrait augmenter à 13,2 millions de tonnes par an en 2020.

D’après ces projections et si les besoins nationaux n'augmentent pas par rapport à ce qui prévalait en 2015 (plus de 9 millions de tonnes par an), soit avant la mise en oeuvre du régime des licences d'importation, le secteur devrait dégager un excédent de l'ordre de 4,2 millions de tonnes par an en 2020. Cette projection haussière annoncée par le gouvernement suit la tendance affichée par la filière depuis quelques années.

L'année dernière, la production du secteur a enregistré une évolution de plus de 108%, comparativement à 2010, avec un volume de l'ordre de 2,5 millions de tonnes par an et des prévisions de 3,2 millions de tonnes pour l'année en cours. Par ailleurs, il faut retenir que l'industrie algérienne de la sidérurgie est dominée par quatre principaux producteurs : le groupe public IMetal (10 filiales, dont le complexe Sider El-Hadjar), le groupe turc Tosyali (Oran) ainsi que deux entreprises privées algériennes : Lamino Attia (Annaba) et SPA Maghreb Tubes (Aïn Defla).

La production de céramique et de faïence en Algérie à la traîne

S’il y a un segment de l’industrie de la production des matériaux de construction qui souffre sérieusement d’une concurrence impitoyable de la compétitivité internationale et l’importation, c’est bien celui de la céramique et de la faïence, et pour cause. Durant le premier trimestre 2018, le bilan des importations se caractérise, au contraire, par un renforcement de l’importation de la faïence, et comme par hasard de type espagnole, après avoir était soumise à un embargo en 2017.

C’est aussi une mauvaise nouvelle pour les fabricants locaux qui n’arrivent pas à imposer leurs produits en tant qu’alternative à ceux importés. Pourtant, d’après les déclarations d’un important industriel, l’Algérie, avec ses unités de faïence et de céramique réparties à travers le territoire national, tous secteurs confondus (public et privé), a largement les capacités de prendre en charge la demande nationale estimée à quelque 100 millions m² par année.

Les professionnels sont disposés actuellement à assurer une capacité de production oscillant entre 120 et 150 millions m² par année. Devant de telles incohérences par rapport au discours officiel, qui prêche l’encouragement de la production locale, on se demande sincèrement si ce n’est pas plutôt la volonté politique qui fait défaut dans ce cas.

Un immense retard à rattraper dans la production du bois de construction

Si l’industrie du bois n’a pas connu une évolution positive ces dernières décennies, c’est en raison de plusieurs facteurs, principalement à cause des conditions délicates de la décennie noire, des incendies qui ravagent chaque année des superficies importantes (une superficie de 53.975 hectares a été ravagée par les feux durant l'année 2017 au niveau national) et un vieillissement de la ressource qui dépasse l'âge d'exploitabilité.

Le plan de reboisement concerne essentiellement le chêne-liège, dont 70% de la ressource est vieillissante, mais aussi le cèdre et l'alfa. La production est envisagée sur le long terme. A la lumière de l’analyse de la situation de la filière bois algérienne actuelle, on s’aperçoit d’emblée que les performances sont très médiocres et les difficultés innombrables, conséquence d'une gestion obsolète, en présentant les ressources et les potentialités de production forestière nationale, les principaux secteurs de transformation et d'utilisation du bois, les importations et exportations de bois et de produits dérivés. Les quantités exploitées sont très faibles par rapport aux possibilités offertes par les forêts productives, ce qui fait que le pays est tributaire des importations pour satisfaire ses besoins en bois et en produits ligneux. La forêt est dominée par des formations dégradées, les peuplements réguliers sont rares, et de par sa nature et les espèces méditerranéennes qui la composent, elle n'a jamais fourni de grosses quantités de bois. Toutefois, jusqu'à présent, elle arrive à alimenter une filière bois, certes, modeste, mais dont l'impact socioéconomique n'est pas négligeable.

Les statistiques sont inexistantes quant à la contribution des produits forestiers au PIB du pays. Les opérations d’exploitation sont menées au niveau de quelques forêts domaniales (massifs des Aurès et des Bibans) et s’exécutent par l’application d’études d’aménagements forestiers anciens et non actualisés. Les activités d’exploitation telles que menées actuellement présentent un danger réel de déforestation des territoires les plus boisés du pays, compte tenu qu’ils se situent dans un étage bioclimatique semi-aride, défavorable à la réussite des actions de repeuplement et/ou de reboisement qui suivent les coupes d’exploitation, les chances de reconstituer les forêts sont très faibles, voire impossibles.

L’Algérie importe bon an, mal an quelque 740.000 tonnes de bois, d’après les chiffres du Centre national d’informatique et des statistiques (Cnis) des Douanes algériennes. Aussi, les volumes importés avant l’instauration du système des licences ont atteint plus de 739.000 tonnes, ce qui correspond pratiquement à 924.000 m3, toutes catégories confondues, essentiellement rouge, blanc ou hêtre, dont environ 200.000 tonnes sont destinées à la fabrication des meubles. En termes de facture d’importation, la part de devises calculée pour l’importation de bois est de l’ordre de 302 millions de dollars, dont 211 millions restent à réaliser durant l’année en cours. Par ailleurs, quelque 164 licences ont déjà été attribuées au cours de ces derniers mois dans le but de faire baisser les prix ou du moins stopper leur ascension.

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