Dérèglements climatiques, le monde suffoque : Il faut s’attendre au pire

Climat. Tous les climatologues et autres géographes sont unanimes pour affirmer que le monde subit de plus en plus les conséquences terribles et inquiétantes des changements climatiques. Et pour cause, les gaz contribuant au réchauffement de la planète ont atteint un niveau record partout dans le monde et particulièrement en 2017.

Une année marquée par des températures anormalement élevées et une fonte des glaces sans précédent dans l'Arctique, selon un document de référence publié récemment. Ce dernier qui comprend 300 pages est compilé par plus de 450 scientifiques originaires d'une soixantaine de pays. On y retrouve le mot "anormal" utilisé plus d'une douzaine de fois pour décrire des tempêtes, des sécheresses, des températures élevées ou encore la fonte record de la glace dans l'Arctique en 2017.

L’agriculture oasienne, premières à payer les conséquences du réchauffement climatique

En dépit des toutes les catastrophes essentiellement écologiques qui peuvent apparaître sous l’effet des bouleversements climatiques, il y a lieu de citer l’exemple de la Phoeniciculture (culture du palmier dattier) qui sera la première à souffrir de l’augmentation des températures, en plus d’un climat très aride. Pourquoi ? Les stades phrénologiques des dattiers répondent à des sommes de températures qui doivent être atteintes à des périodes précises. La fructification débute à la nouaison et se termine à la maturation des dattes. Elle varie de 120 à 200 jours selon les cultivars et les régions (Djerbi, 1994). Les besoins des variétés molles se situent entre 2000 et 2500 °C, les variétés demi-molles ou demi-sèches exigent entre 2500 et 3500 °C et les variétés sèches ont besoin de plus de 3500 °C (Babahani et Eddoud, 2012).

Selon Munier (1973), l’indice thermique de la Deglet nour de Touggourt est de 1854°. L’augmentation constatée des températures provoquerait une atteinte prématurée des indices thermiques, ce qui pourrait affecter la qualité et la quantité de dattes produites. Cette précocité n’est pas forcément de bon augure. Pour la Deglet nour de Biskra, les spécificités territoriales qui ont été à l’origine du label IGP pourraient changer : l’assèchement de la datte lui ferait perdre cette appellation, avec toutes les conséquences que cela pourrait entraîner sur le plan économique.

Le réchauffement pourrait également accentuer le dérèglement du régime des précipitations. Plus irrégulières et parfois torrentielles, les pluies pourraient intervenir à des périodes néfastes pour la culture. Si la tendance se confirme, les stades phénologiques «sensibles» pourraient être affectés. A titre d’exemple, lors de la pollinisation, les pollens risquent d’être lessivés et durant la période de récolte, les dattes risquent de fermenter sur pied.

Par ailleurs, des pullulations d’insectes risquent de se manifester plus fréquemment à l’image du Boufaroua (Oligonychus afrasiaticus), un bioagresseur très néfaste durant les étés particulièrement chauds.

Idem pour les invasions du criquet pèlerin (Schistocerca gregaria) et du criquet migrateur (Locusta migratoria).

La phase grégaire provoque des essaimages spectaculaires durant les années caniculaires. Avec ce risque et si leur fréquence augmente, ils pourraient entraîner des mesures impératives de traitements aériens aux abords des oasis. Non seulement coûteux, ces traitements sont également préjudiciables à l’environnement, car ils anéantissent la faune auxiliaire (Ould el Hadj, Abdi et Doumandji, 2007).

Les palmeraies dites traditionnelles sont celles qui présentent le plus de résilience face aux changements. Elles offrent en effet une diversité phylogénétique élevée, résultat empirique d’un savoir-faire acquis au fil des générations dans une conjoncture où il fallait disposer de denrées alimentaires tout au long de l’année. Ainsi, les palmeraies traditionnelles disposaient d’une diversité de variétés précoces, tardives, molles et sèches de façon à répondre aux besoins des ménages. Par la même occasion, la cohabitation de ces variétés contribuait au maintien de l’équilibre écologique et prévenait les pullulations de ravageurs, favorisés au contraire par la monoculture et les modèles qui l’encouragent, à savoir l’agrobusiness. Les conséquences du réchauffement climatique risquent d’avoir des effets irréversibles…

Comment lutter contre le phénomène du réchauffement climatique dans le monde

Selon les récentes recommandations de l’Institut des ressources mondiales pour lutter contre le changement climatique, nous devons réduire considérablement les émissions mondiales de gaz à effet de serre en intensifiant les énergies renouvelables, en améliorant l'efficacité énergétique, en mettant fin à la déforestation et en réduisant les super polluants tels que les hydrofluorocarbures. Cependant, les dernières données scientifiques nous disent également que des efforts ambitieux pour réduire les émissions à elles seules ne suffiront pas à limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 ou 2° C. Nous savons maintenant que pour prévenir les niveaux dangereux de réchauffement climatique, nous devons réduire une partie du carbone que nous avons déjà mis dans l’atmosphère. Depuis la révolution industrielle, les humains ont émis plus de 2.000 gigatonnes de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. (Une gigatonne équivaut à un milliard de tonnes métriques).

Cet épaississement de la couverture de gaz à effet de serre est la cause du réchauffement climatique que nous connaissons aujourd'hui. Si rien ne change, les impacts climatiques tels que les incendies de forêt, les vagues de chaleur étouffantes et l'élévation du niveau de la mer ne feront que continuer à s'intensifier.

Les dernières données scientifiques sur le climat nous indiquent toutefois que ces efforts ne suffisent pas à prévenir les changements climatiques dangereux. Pour limiter la hausse de la température mondiale à moins de 1,5-2 ° C (2,7-3,6 ° F), la limite que les scientifiques estiment nécessaire pour prévenir les pires impacts climatiques nous devrons non seulement réduire les émissions, mais aussi en retirer et stocker le carbone de l’atmosphère. En fait, la plupart des scénarios climatiques montrent que nous devrons éliminer des milliards de tonnes de dioxyde de carbone chaque année d'ici le milieu du siècle, tout en accélérant les réductions d'émissions. L’élimination du carbone peut prendre plusieurs formes, allant des nouvelles technologies aux pratiques de gestion des terres. La grande question est de savoir si ces approches peuvent fournir une élimination du carbone à l’échelle nécessaire au cours des prochaines décennies.

Note : Il s’agit d’un scénario théorique qui correspond à au moins 66% de chances de limiter le réchauffement planétaire à moins de 2° C. Certaines émissions résiduelles brutes de gaz à effet de serre (CO2 et non CO2) resteront à la fin du siècle, même avec des mesures climatiques ambitieuses, car elles sont trop difficiles ou trop coûteuses à éliminer. Une fois que les émissions négatives dépassent celles qui restent, les émissions nettes sont atteintes. Des réductions d'émissions plus rapides et/ou plus profondes pourraient réduire le rôle de l'élimination du carbone ; des réductions d'émissions plus lentes et/ou plus faibles augmenteraient le besoin d'éliminer le carbone.

En Algérie

En février 2015 déjà, le Conseil des ministres avait adopté un nouveau programme national de développement des énergies renouvelables qui devait permettre à l’Algérie d’intégrer une capacité d’origine renouvelable de 22.000 méga watts dans son mix énergétique à l’horizon 2030.

Ce nouveau programme qui est une actualisation de celui de 2011, qui visait à produire 12.000 méga watts à l’horizon 2030, démontre la volonté de l’Algérie à investir dans les énergies propres. La mise en place du plan national climat est un plan intersectoriel de lutte contre le changement climatique. Il vise entre autres à identifier et développer les connaissances autour des indicateurs des changements climatiques pour mieux les suivre et les évaluer, identifier des sites vulnérables aux changements climatiques, mettre en place le dispositif de veille et d’alerte précoce aux événements météorologiques et climatiques extrêmes de manière à anticiper les risques et à réduire les impacts négatifs.

Le plan vise également à développer des stratégies d’adaptation aux effets des changements climatiques et aux événements extrêmes (sécheresses, inondation,...), lutter contre la désertification par la préservation, la conservation et la multiplication des ressources génétiques forestières résistantes aux conditions extrêmes, développer l’héliométéorologie, développer et promouvoir la «chrono-culture» et enfin développer l’éco-architecture adaptée aux changements climatiques. Il convient de citer comme mesure d’atténuation du changement climatique, le projet-pilote de captage et de stockage du carbone que l’Algérie a mis en place dans le Sud qui est parmi les premiers au monde pour la séquestration du dioxyde de carbone. Les pouvoirs publics ont décidé de soutenir le développement des énergies renouvelables par la mise en place des dispositifs réglementaires et incitatifs pour encourager l’investissement et pour instaurer un tarif de rachat avantageux dans ce domaine.

En effet, le programme algérien de développement des énergies renouvelables a été consolidé en 2013 par la promulgation de deux arrêtés interministériels fixant la nomenclature des recettes et des dépenses imputables sur le «Fonds national pour les énergies renouvelables et la cogénération» ainsi que les modalités de son suivi et de son évaluation.

D’autre part, deux autres textes de lois ont été promulgués en 2014, fixant les tarifs d’achat garantis pour l’électricité produite à partir des installations utilisant la filière solaire photovoltaïque et l’énergie éolienne.

Ces textes d’application portent entre autres sur le principe d’octroi de primes pour les producteurs utilisant les énergies renouvelables, le droit du producteur de connecter ses installations aux réseaux de distribution de l’électricité, le placement prioritaire sur le marché, et l’obligation pour le concessionnaire d’acheter la totalité de l’électricité produite dans le cadre de régime spécial. Pour l’utilisation non électrique des énergies renouvelables, des subventions à hauteur de 45% pour les ménages et de 35% pour les entreprises sont octroyées pour l’installation des chauffe-eau solaires.

Cependant, force est de constater que la génération de l’électricité en Algérie provient en quasi-totalité des centrales fonctionnant au gaz naturel ce qui réduit substantiellement l’émission des gaz à effet de serre.

Toutefois, d’autres départements ministériels, à l’instar du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, ont lancé des actions en faveur de la promotion des énergies renouvelables dans les régions désertiques et dans les hauts plateaux pour l’éclairage solaire et pour le pompage d’eau potable et d’irrigation à l’aide de l’énergie solaire. Ces actions visent non seulement à améliorer les conditions de vie des populations rurales et à promouvoir l’agriculture durable dans les milieux sahariens et dans les hauts-plateaux mais également à préserver l’environnement par la substitution du diesel par l’énergie solaire.

Le Plan national de lutte contre la sécheresse sera opérationnel en 2019

Le Plan national de lutte contre la sécheresse sera finalisé fin 2018 pour être mis en oeuvre dès 2019, comme annoncé par le premier responsable de la Direction générale des forêts (DGF), Ali Mahmoudi. Ce plan est en cours d’élaboration par l'expert algérien Safar Zaitoun, désigné par la Convention des Nations-Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), en partenariat avec les organismes et les centres de recherche nationaux habilités.

Selon le Directeur général de la DGF, dans le cadre de ce plan, qui s’inscrit dans le cadre de la mise en oeuvre des décisions approuvées lors de la COP13 tenue à Ordos (Chine) en septembre 2017, l'ONU octroie son aide aux pays les plus touchés par la sécheresse ou la désertification. Ainsi, sur les 34 pays qui ont été sélectionnés, figurent 20 pays africains dont l’Algérie.

Dans ce cadre, un appel à candidature pour la sélection d’experts a été lancé par l’UNCDD afin de charger ses experts d’élaborer un plan de lutte contre la sécheresse spécifique à chaque pays concerné par ce plan d’aide.

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