Cap sur la révolution éducative

Compétence. C’est un secret de polichinelle. Nouria Benghabrit, la ministre de l’éducation n’a jamais été en odeur de sainteté avec ceux qu’on qualifie généralement d’islamo-conservateurs ainsi que certains syndicats. Pour ces derniers, elle demeure toujours insoumise depuis son installation à la tête de ce département ministériel en 2014. Née le 5 mars 1952 à Oujda (Maroc), Benghabrit est une sociologue et chercheuse.

Elle est habilitée à diriger des recherches et est également spécialiste des sujets relatifs à l'éducation et la jeunesse. En 1982, elle obtient son doctorat, dans le même domaine d'études que son DEA, délivré par l'université Paris V. Sa compétence avérée dans un secteur qu’elle maîtrise parfaitement lui vaut une reconnaissance à juste titre : le poste de ministre de l'Éducation nationale. Sa rigueur et sa fermeté dans la mise en oeuvre de ses décisions, notamment face aux syndicats, lui ont valu le surnom de «Dame de fer».

Toujours droite dans ses bottes

Dès sa prise de fonction, elle a certainement pris la décision courageuse de rester droite dans ses bottes contre vents et marées pour mener à bien sa mission : réformer et moderniser l’école algérienne.

Une tâche ardue et compliquée du fait des oppositions qui se sont montrées sur son chemin. A chaque déclaration publique dans le sens de la réforme de l’école, ses propos ne manquent pas de susciter un tollé général de la part de cette frange de la population qu’on appelle les obscurantistes.

Dernière polémique en date : cette sortie fracassante de la ministre de l’Éducation nationale lors du coup d’envoi officiel de l’année scolaire 2018- 2019 dans la wilaya de Mascara. Cette fois avec un langage sans ambiguïté, elle a mis les points sur les i en s’exprimant sur la tenue vestimentaire des élèves et des fonctionnaires de l’éducation. Nouria Benghabrit a clairement rappelé le contenu du règlement intérieur des établissements scolaires qui exige que l’identité de l’enseignante et son visage soient connus par les élèves :« Il faut que l’identité du fonctionnaire de l’éducation soit claire. On ne peut pas gérer l’éducation et l’acte d’enseigner sans que les élèves ne voient le visage de leur enseignante. De même pour les enseignants qui doivent avoir un habit respectable.»

La déclaration, même si elle est tout à fait ordinaire, a immédiatement provoqué un tapage bien entendu de la part des islamistes et des adeptes de l’islamisme radical. Bénéficiant d’un laxisme qui aura duré plusieurs années, des enseignantes se permettent de venir dans les écoles et de se présenter devant leurs élèves avec une tenue ne laissant apparaître que leurs yeux. Inexistant il y a quelques années dans les écoles algériennes, ce phénomène a pris de l’ampleur… même au niveau de certaines écoles primaires. N’ayant pas été rappelées à l’ordre par les responsables des établissements, ces enseignantes considèrent aujourd’hui le port de cette tenue comme un «droit». Pis, elles dénoncent même les responsables du secteur de l’éducation qui leur rappellent un règlement intérieur des établissements scolaires qu’elles sont censées avoir lu et approuvé. Dans des vidéos postées sur les réseaux sociaux, des femmes en niqab se présentant comme des enseignantes sont en état d’hystérie pour exprimer leur opposition à la décision de la ministre de l’Éducation nationale. Invoquant le Prophète et le Coran, elles se disent «prêtes à garder leur habit, quitte à quitter l’enseignement».

Certains partis islamistes ont profité de cette déclaration pour monter au créneau contre la ministre de l’Education. Selon eux, il y aurait même un projet d’arrêté ministériel concernant l’interdiction du niqab à l’école. Ce texte, selon des députés islamistes, contient deux articles.

Le premier stipule qu’il est «interdit de porter des tenues vestimentaires qui empêchent l’identification de l’élève et qui peuvent dissimuler des outils de triche lors des examens et des tests scolaires». Le deuxième concerne les fonctionnaires de l’éducation et précise « qu’il est interdit de porter des tenues vestimentaires empêchant l’identification des fonctionnaires du secteur de l’éducation à l’intérieur des établissements scolaires».

Femme courage dans une Algérie du 21ème siècle, elle fait face à toutes les accusations sans jamais perdre le nord. Souvent victime d’attaques verbales, écrites et voire même de menaces de mort, elle est restée sage et sereine. Préférant le travail au dialogue stérile, elle sait pertinemment que la lumière ne jaillira jamais de ce genre de communication. «Je ne lâche pas, je ne m’écrase pas», répond-elle à ceux qui doutent de sa capacité à tenir tête à ses détracteurs. «J e trace mon chemin avec l’intime conviction qu’on avance par le travail et le mérite».

Un bilan qui mérite reconnaissance

2014/2018, un parcours qui se poursuit avec cette nouvelle année scolaire sous le signe de « l’ouverture sur le progrès et la modernité ». Ainsi, que dire du bilan de ses cinq ans de mise en oeuvre de la réforme ? Tout d’abord, il faut savoir que du point de vue de l’évaluation de cette dernière, le ministère de l’Education a sonné le rappel des troupes à chaque occasion. Il a également rectifié le tir après avoir identifié les points noirs de la feuille de route établi par les responsables du département ministériel de Benghabrit.

Les nouveautés de cette réforme ont ciblé particulièrement les programmes scolaires, en introduisant les livres de deuxième génération, dont les programmes se basent sur une nouvelle vision adaptée au développement didactique, scientifique et technologique. L’autre chantier pour lequel le ministère a accordé un intérêt significatif n’est autre que celui de l’examen du baccalauréat où de l’innovation est attendue lors de l’organisation de la session 2018- 2019. En plus de la réduction de la durée de ces épreuves qui est actuellement de cinq jours et de l’introduction du contrôle continu, il est attendu une nouvelle conception du sujet de l’examen qui se basera principalement sur la compréhension. L’éducation inclusive n’est pas en reste, puisque la ministre a veillé à ce que, dans le cadre du développement de l’éducation, des structures prennent en charge près de 200.000 élèves à besoins spécifiques.

Elle s’est aussi attelée à élargir l’enseignement de la langue amazighe dans 38 wilayas, en ouvrant près de 15.000 divisions pédagogiques. Cependant, Madame la ministre croit dur comme fer que rien ne l’empêchera de mener à bon port son cher projet de réformes en dépit de toutes les entraves, notamment les sensibilités des uns et des autres. «Cette année scolaire 2018/2019, vise la formation par excellence puisqu’elle est destinée à atteindre des normes de qualité dans l’éducation et l’enseignement» a affirmé la première responsable du secteur de l’éducation. Il s’agit, comme elle l’a si bien expliqué, de la refonte pédagogique, l’amélioration de la gouvernance de l’école et le renforcement de la place et de l’importance de la formation.

En un mot, c’est un autre test que devra subir Benghabrit qui nous l’espérons tous, sera concluant.

Partager cet article

Rédaction et Administration

Lot. Ben Achour Abdelkader Villa n° 27. Chéraga - ALGER

 

Tél. : 213 (0) 21 37.29.63 / 213 (0) 21 36.38.73
Fax : 213 (0) 21 37.58.58

 

redac@actuel-dz.com
l.actuel@gmail.com

Régie Publicitaire et Abonnements

Lot. Ben Achour Abdelkader Villa n° 27. Chéraga - ALGER

 

Tél. : 213 (0) 21 37.29.63 / 213 (0) 21 36.38.73
Fax : 213 (0) 21 37.58.58

 

ANEP Régie presse
1, rue Pasteur - Alger

à Savoir

Les manuscrits, photographies, illustrations ou tout autre document adressés ou remis à la rédaction ne sont pas rendus et ne peuvent faire l’objet d’aucune réclamation.

 

La rédaction

Newsletter

Abonnez-vous à notre Newsletter afin de recevoir nos dernières infos.