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Blé français vs blé russe

Une phobie grandissante s’est emparée ces derniers mois des milieux français de l’interprofession de la filière de la céréaliculture et ce, depuis l’entrée en scène d’un nouveau poids lourd mondial des exportateurs de blé en tant que potentiel fournisseur de blé de l’Algérie.

Ainsi, beaucoup d’encre a coulé sur cette affaire de concurrence acharnée entre les Français qui considèrent que le traditionnel marché lucratif algérien doit demeurer leur «chasse gardée» et leur récent rival qui n’est autre que la Russie. Du reste, les céréaliers de l’hexagone sont sur le pied de guerre pour barrer la route aux Russes. Par conséquent, le scénario catastrophe serait la perte d’un pactole de près de 3 milliards de dollars en moyenne, généré par la vente des céréales (toutes variétés confondues) à l’Algérie.

Pourquoi cette extrême inquiétude ? Tout d’abord, la diffusion d’un signal d’alerte qui n’a pas laissé indifférente la partie française après que l’organe de surveillance Rosselkhoznadzor du ministère russe de l’Agriculture, a rendu publique une information faisant état de l’intérêt manifesté par les responsables algériens pour l’achat de blé russe une fois les résultats de l’inspection du lot de blé d’essai accepté. Avec promptitude, les politiques français s’en mêlent et font savoir par le truchement du syndicat «Agro Paris Bourse» qu’une délégation conduite par le secrétaire d'État au Commerce, Jean-Baptiste Lemoyne, sera dépêchée à Alger pendant le premier trimestre 2019. Premier objectif : défendre bec et ongles les atouts des propriétés qualitatives de leur blé. Pas seulement, puisqu’une autre institution, en l’occurrence France Export Céréales vient de vanter les qualités de la récolte 2018 des céréales à la faveur d’une rencontre technique organisée par les professionnels de la filière des deux pays le 16 octobre à Alger. Cependant, même si dans le cas où le blé russe a l’avantage d’être compétitif par rapport à celui proposé par les Français du point de vue qualité/prix, le cahier des charges fixé par l'autorité algérienne protège les blés français.

A l'inverse des épis russes, ils sont généralement épargnés par la punaise des blés qui, en piquant le grain, dégrade ses propriétés de panification. Mais ce verrou pourrait sauter, à en croire Pierre Duclos, président d'agri Trade Consulting : «Il y a une autorisation maximale de 0,10% (de grains punaisés) dans le cahier des charges de l'OAI C et les blés russes sont en général entre 0,50 et 0,70% alors qu'ils étaient par le passé plutôt entre 1 et 1,50%», explique-t-il. «La distance qui séparait les qualités s'est en quelque sorte réduite. Est-ce que c'est une tendance durable ou la conjonction d'événements passagers, on n'en sait trop rien», ajoute M. Duclos. «Alors, le blé russe va-t-il conquérir les fournils algériens ? «À court terme, je n'y crois pas», tempère M. Duclos, qui reconnaît néanmoins qu'il jouit d'un avantage de taille, un prix actuellement d'environ 20 dollars la tonne, «soit 8 à 10%, ce qui n'est pas négligeable».

Enfin, selon certains observateurs, il se trouve que cette polémique sur le choix du futur fournisseur de l’Algérie en blé ressemble beaucoup plus à des pressions politiques du côté algérien pour des raisons que tout le monde connaît, qu’à une simple affaire d’intérêt pour des économies de devises.

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