Intempéries, état des chaussées et réseaux d'assainissement : Les leçons qu'on ne capitalise pas

Constat. Les leçons qu'on ne capitalise pas. Au lendemain des intempéries et des averses qui se sont abattues sur plusieurs régions du pays, les équipes de l’assainissement des voies et avaloirs se sont empressés de dégager les différentes obstructions et autres détritus accumulés qui ont été entraînés par les fortes précipitations enregistrées. Il faut dire que l’intensité des pluies était telle que de fortes inondations ont été observées à travers plusieurs localités au centre et à l’est du territoire national. Cependant, les mêmes constats sont faits à chaque fois, ce n’est que lorsque les bouches d’évacuation sont obstruées par les pluies que l’on s’empresse de les déboucher.

A travers le cumul de ces petits évènements, il y a des observations et analyses à faire, en matière de qualité des prestations des réalisations des différents ouvrages de travaux publics (routes, chaussées, ponts,…), mais aussi à propos des mesures qui devaient être prises afin de prévenir ce type d’évènement.

Les chaussées, routes et ouvrages d’art

En tout premier lieu, un constat est à dresser à propos des chaussées des rues, ruelles, routes et même autoroutes. A ce niveau la qualité laisse vraiment à désirer ; la toute première pluie qui survient, immédiatement après la fin des travaux de construction ou de réfection, lève le voile sur le degré de bâclage des prestataires, qui engagent des sommes faramineuses nécessitant des enveloppes parfois importantes, au regard des distances sur lesquelles s’étendent les travaux.

A elle seule, cette question soulève plusieurs interrogations, car, dans le fond, il est inconcevable que des routes, qui parfois sont refaites sans nulle nécessité, causent la dégradation et la médiocrité au lieu d’une amélioration notable. En fait, la question de la réalisation ou de la réfaction d’un ouvrage tel qu’une chaussée, quelle qu’elle soit, est tributaire d’un triangle qui en permet l’appréciation, il est composé du «délai» de réalisation, du «coût» de réalisation et du «respect de la norme» de réalisation. Accuser un manquement à l’un de ces trois piliers est déjà une sérieuse entrave au contrat de réalisation et à la qualité de l’ouvrage. Comment qualifier ce manquement s’il touchait les trois simultanément ?

Tout d’abord, en terme de prix et coûts de réalisation, le marché est décroché par le moins disant, certes, mais il reste que les coûts au kilomètre linéaire restent chers pas rapport à la durabilité des ouvrages réalisés. Ensuite, les normes de coûts de réalisation n’obéissent à aucune règle d’évaluation et d’estimation qui permettrait de plafonner les propositions financières des candidats soumissionnaires. Ces mêmes normes de coûts qui sont établies sur des normes techniques, permettent de désigner le minimum requis des critères permettant l’acceptation de l’offre technique de réalisation. Ce sera ensuite au tour de l’expertise du candidat retenu, combinée au suivi rigoureux technique et temporel du maître d’ouvrage (APC, Daïra ou wilaya) qui détermineront l’issue du projet de réalisation de l’ouvrage en question. Toutes ces idées développées, sont émises dans l’hypothèse de l’anticipation des autorités responsables de l’état des chaussées et routes, c'est-à-dire au constat des dégradations, et en prévention des intempéries pouvant causer des dégradations du même type. Comment qualifier, d’ores et déjà, le fait que certaines chaussées et voies de circulation ne soient réfectionnées qu’après la survenance d’une catastrophe, une inondation ou un accident ?

En outre, si l’exemple de l’un des grands projets de ce siècle en Algérie, à savoir l’autoroute Est-Ouest, qui cause déjà des désagréments aux usagers du fait du degré de dégradation des chaussées et des voies de circulation, est l’illustration d’une grande défaillance dans la prise en charge des projets de réalisation, en amont et en aval, que dire des autres ouvrages au niveau des APC et des communes ? Que ce soit en terme de retard, ou d’absence complète, de prise en charge de réalisation ou de réfaction.

Les ouvrages d’arts (ponts)

Dans ce cas de figure, ce ne sont pas uniquement les chaussées et routes qui subissent les travers de tels modes de gestion intuitifs et à la limite de la non-réaction. C’est l’ensemble des ouvrages routiers et ouvrages d’art aussi qui sont livrés à la merci des pratiques aléatoires et négligentes combinées aux variations violentes du climat. Ce sont effectivement quelques passages et ponts au niveau de la région de Blida qui se sont parfois affaissés, coupant ainsi le passage aux véhicules et aux piétons, habitués à ces voies de communication entre deux rives, du fait des violentes précipitation qui ont résulté des pluies du mois de septembre.

Il serait en fait plus correct de dire du fait de la vétusté de ces ouvrages et du manque d’entretien. Il s’agit exactement des mêmes phénomènes qui font subir des déboires de nature humaine aux ouvrages d’art que ceux sur les routes et chaussées.

Les voies d’évacuation des eaux

Quant aux voies d’évacuation des eaux, le tableau n’en est plus honorable pour les élus et les APC qui ne se manifestent pour leur dégagement qu’après la survenance d’un fâcheux évènement : soit un entretien curatif, au lieu d’un bon programme d’entretien préventif comme le veut le bon sens. Cela sans compter que les travaux de rénovation ou de construction des routes et chaussées, ne fonctionnent plus suivant les normes d’autrefois.

Il a été observé à maintes reprises des voies de circulation sans avaloirs d’évacuation, et d’autres avaloirs fermés sous le goudron et le rouleau compresseur, des avaloirs auxquels aucune goutte d’eau stagnante ne parvient du fait du non- respect des normes de nivelage des sols pour drainer les eaux.

Tous ces points cités sont à additionner à l’incivisme des citoyens qui, prétendant que la propreté des rues et voies est du ressort des collectivités locales à elles-seules, n’hésitent pas à improviser des décharges sauvages, à jeter les détritus et autres matières hors des bacs à ordures destinés à cet usage ; une combinaison explosive avec la faible fréquence des passages des bennes à ordures, qui accentue la problématique de l’obstruction des voies d’évacuation et des avaloirs

Il est dommage que le débat se situe à ce niveau, car la priorité est, en principe, laissée à un débat plus stratégique, celui de la reconstruction d’un pays à travers la réhabilitation des prérogatives de ses institutions. C’est les lois des personnes qui priment sur celles de la République et de certaines de ses institutions. C’est d’ailleurs l’une des raisons des déboires conduisant aux problèmes cités plus haut.

A quoi sert finalement de débattre de stratégie, de construction, de technologie et de modernisation si les mentalités ne sont, elles-mêmes, pas adaptées et assez évoluées pour adopter ce niveau de réflexion, du fait de l’absence des gestes rudimentaires témoignant du civisme des personnes ?

La problématique est profonde et le bon sens ne se décrète pas ; si la prise de conscience n’y est pas, rien ne sert de discourir et de relater les bienfaits d’un civisme et d’un esprit moderne qui n’existent pas encore. C’est une véritable responsabilisation à tous les niveaux et pour l’ensemble des parties prenantes qu’il est nécessaire de mettre en oeuvre.

A cet effet, les véritables questions à débattre pour cette prise de conscience et cette responsabilisation sont d’un autre ordre que celui que l’on imagine. La première d’entre toutes est certainement celle de l’éducation civique qui fait défaut chez nos concitoyens, qu’elle naisse dans les foyers, qu’elle soit dispensée au niveau de nos écoles, ou qu’elle soit inlassablement ressassée pour les adultes.

La deuxième question est celle de la non-observation de règles d’usage applicables pour l’ensemble des parties prenantes, par exemple à travers les horaires quotidiens de descente et de ramassage des ordures ménagères, de respect des règles de gestion des chantiers qui sont une autre source d’obstruction des voies d’évacuation ; tout cela lorsqu’on ne parle pas d’absence de ces règles.

La troisième question est celle de la disparition des actions de prévention et de prospective, qui relèvent avant tout du bon sens. Rien ne sert de construire et de moderniser si le réflexe de maintenance et d’entretien est absent, nous sommes certains du quasi-retour à la case départ à chaque fois.

La dernière, et la non moins importante des questions, est celle de la qualité de réalisation de l’ensemble des ouvrages quelle qu’en soit la nature, d’où d’autres sous-questions jaillissent : la qualité des cahiers des charges et des spécifications techniques, celle de l’évaluation technique des offres, la supervision des travaux et le respect des normes et délais,…

Des contributions dans ce sens sont plus que les bienvenues.

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