Marché mauritanien : Un enjeu pour la production algérienne

Vision. La stratégie de déploiement des produits algériens en Mauritanie constituerait, en fait, un très bon tremplin pour la conquête du marché ouest-africain qui est estimé à près de 350 millions de consommateurs, soit un énorme potentiel pour la réussite de l’insertion durable au continent.

Ce sont pas moins de 170 entreprises algériennes qui ont participé à la quatrième édition de la Foire des produits algériens à Nouakchott, qui s’est tenue dans la capitale mauritanienne du 23 au 29 octobre dernier, soit un record jamais atteint auparavant. D’ailleurs, les chiffres rapportés à grande échelle parlent de 99 entreprises de plus que l’édition précédente de 2017.

Cette Foire aura été une occasion très opportune pour les producteurs algériens, qui étaient présents, de faire connaître leurs produits. Il faut dire, à ce niveau, que les très bonnes relations entre les peuples et Etats algérien et mauritanien auront favorisé amplement le succès qu’a connu cette Foire, suivant l’évaluation des autorités des deux pays et d’après les appréciations des exposants rapportées par la presse.

Cette réussite est mesurée par l’affluence des Mauritaniens qui, en quête de nouveautés, affichent un franc intéressement envers les produits algériens jamais exposés à l’international, particulièrement en Mauritanie, jusqu’ici.

De l’appréciation des exposants et des déclarations faites par les hôtes eux-mêmes, le citoyen mauritanien est en quête de produits pas chers en mesure de satisfaire ses besoins et ce, même en fermant l’oeil un peu sur la qualité. C’est d’ailleurs l’élément principal qui a fait le succès de cette quatrième édition de ladite Foire, bien que le produit algérien n’ait franchement rien à se reprocher. Bien au contraire, il présente le meilleur rapport qualité-prix face aux produits asiatiques auxquels se sont habitués nos frères mauritaniens jusqu’ici.

Si ce franc succès à comptabiliser en actif du bilan de la production algérienne est le résultat d’une foire dédiée annuellement, qu’en serait-il alors si l’Algérie et les producteurs algériens par là-même décidaient d’investir le marché mauritanien ? Serons-nous les bienvenus ? Y a-t-il de réelles opportunités ? Et quels sont les enjeux de ce marché pour la production algérienne ?

La réponse à la première question nécessite de dresser un état des lieux pour évaluer le potentiel du marché mauritanien et les opportunités qu’il présente pour nos producteurs.

Il y a tout d’abord les conditions politiques très favorables et la relation fraternelle entre les deux pays qui représentent un atout, et pas des moindres, qui facilite l’accès au marché mauritanien. Il y a aussi cette fraternité mutuelle qui existe entre les deux peuples qui ne laisse pas le consommateur mauritanien de marbre devant le produit algérien. Ces deux éléments constituent déjà, à eux seuls, un bon point de départ pour la production algérienne.

Ensuite, il y a lieu d’identifier les produits qui sont susceptibles d’être écoulés au niveau du marché. Il faut savoir que la Mauritanie exporte essentiellement les minerais de fer, de cuivre, d’or, ainsi que du poisson. En termes d’importation, ce sont les produits pétroliers raffinés, des remorqueurs, du sucre brut, du blé, de l’huile de palme et autres produits gras, des équipements mécaniques, électriques et électroniques, des matériaux et équipements de construction, du textile et d’autres biens de consommation qui composent l’essentiel de l’importation ; tous à la portée de l’industrie algérienne.

Du côté des préférences des clients, élément déterminant pour arrêter une stratégie de pénétration du marché mauritanien, les tendances sont axées principalement sur les produits agroalimentaires et électroménagers.

Dans l’esprit des acheteurs à ce niveau, ceux-ci pensent pouvoir trouver de la qualité avec un prix moins cher, car ceux des grandes marques, particulièrement des marques de renom sud-coréennes pour le cas de l’électroménager, restent hors de portée au vu du maigre revenu du citoyen moyen chez eux. Au contraire, les produits chinois sont moins chers, un peu moins que les produits algériens, mais avec une qualité qui laisse à désirer. D’où l’opportunité de taille, à saisir, qui se présente à nos compatriotes producteurs et industriels, en tenant compte de l’ordre des priorités du marché : prix bas, ensuite qualité acceptable. Cela d’une part. D’autre part, et à l’instar des autres pays africains, la Mauritanie base son développement sur une stratégie arrêtée au niveau des hautes autorités du pays.

Une première expérience a été concrétisée par l’établissement du «Corridor de Développement Nouakchott-Bamako», signé entre la Mauritanie et le Mali en décembre 2011. La stratégie de développement du pays vise une diversification des activités et, par là-même, des sources de revenus du pays. C’est ainsi que les NTIC, l’agriculture, l’élevage et les énergies renouvelables ont constitué l’axe stratégique du développement de l’économie mauritanienne, soit encore des domaines de prédilection de plusieurs opérateurs algériens qui veulent investir avec leurs moyens et savoir-faire dans ces domaines dans ce pays frère.

Les perspectives de développement dans ce pays sont prometteuses, selon les études établies, et elles laissent présager une croissance qui risque de repartir à la hausse, ce qui se traduira par une amélioration du pouvoir d’achat en Mauritanie. Soit une raison supplémentaire pour y investir. Maintenant, qu’en est-il de la logistique et de l’acheminement des marchandises et des produits algériens vers la Mauritanie ? Eh bien, les réponses sont presque toutes faites grâce au moins à deux éléments.

Le premier est en relation avec le délai d’acheminement. Il est favorable beaucoup plus par la voie terrestre que par la voie maritime. En effet, le temps d’acheminement depuis le Nord et les Hauts-Plateaux algériens jusqu’au Sud-ouest via la wilaya de Tindouf est estimé à dix jours voire moins, alors que la traditionnelle voie maritime prend une cinquantaine de jours.

Le deuxième est en relation avec les mesures que vont prendre les autorités du pays quant à la prise en charge des coûts d’acheminement ainsi que l’aménagement d’aires de stockage au niveau des points frontaliers adéquats. A l’occasion de l’ouverture de la quatrième édition de la Foire de la production algérienne à Nouakchott, le ministre du Commerce, Saïd Djellab, a annoncé que le transport des produits algériens vers la Mauritanie allait être subventionné afin que les prix de ceux-ci soient «concurrentiels et présents en force sur le marché mauritanien».

En outre, le gouvernement algérien est en voie de mettre en place une zone de stockage au niveau de la wilaya de Tindouf où les entreprises algériennes peuvent entreposer leurs produits avant de les acheminer vers la Mauritanie.

A elles seules, ces deux mesures sont susceptibles de participer à la réduction des coûts de revient des produits à l’export et, par là-même, des prix de vente en ayant un avantage comparatif leur permettant de faire face aux produits concurrents venant d’Asie ou du Maroc.

La stratégie de déploiement des produits algériens en Mauritanie constituerait, en fait, un très bon tremplin pour la conquête du marché ouest-africain qui est estimé à près de 350 millions de consommateurs, soit un énorme potentiel pour la réussite de l’insertion durable au continent.

Cela sans compter que si les efforts continus du gouvernement algérien pour des relations de qualité avec le pays voisin se concrétisaient par la création d’un corridor de développement entre l’Algérie et la Mauritanie, similaire à celui de Nouakchott-Bamako, cela serait d’un apport considérable, car il favoriserait cette insertion de façon parfaitement réussie.

Le point qui reste à développer afin de couronner l’ascension du marché africain à travers la Mauritanie est certainement celui du réseau bancaire et de transport aérien. En effet, si un accompagnement de support est à apporter dans le sens de l’aide à l’investissement dans les marchés étrangers, c’est bien celui du réseau bancaire. Aucune banque publique de premier ordre n’est présente dans les pays ciblés. Il faut dire que les années d’improductivité que nous avons subies se sont traduites par l’excessive importation contre une exportation non productive, celle des hydrocarbures.

La logique et le bon sens devraient pousser les autorités, ainsi que les banques, à penser au déploiement de ces dernières au niveau des pays cibles dans l’objectif de préparer le terrain aux investisseurs algériens ; chose qu’ont comprise nos voisins marocains, et d’ailleurs c’est l’une des raisons qui leur ont permis de marquer leur présence au niveau du continent africain.

Donc, commencer déjà par ouvrir des succursales de quelques-unes de nos banques en Mauritanie serait parfaitement une bonne chose pour appuyer l’exportation de nos produits, mais aussi pour accompagner les investisseurs algériens et les aider à s’implanter durablement et apporter un plus à notre propre économie.

Cela est exactement le même cas pour les lignes aériennes, dont l’investissement devrait être densifié afin de garantir le support adéquat au volume d’affaires que devraient connaître les activités exportatrices à l’étranger, en Afrique et en Mauritanie particulièrement.

D’ores et déjà, si les produits algériens sont appréciés de nos frères mauritaniens, autant que les Algériens eux-mêmes, de par l’Histoire qui lie nos deux peuples, se jettent à l’eau.

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