Montage de véhicules : Plus de 20 ans pour asseoir une industrie automobile !

Exagéré. Le secteur automobile enregistre l’entrée en lice de nouveaux opérateurs ayant obtenu l’aval des autorités pour le montage de véhicules, s’ajoutant, ainsi, à ceux déjà opérationnels dans le secteur automobile, ou plutôt du montage automobile, tout en sachant que l’année 2019 connaîtra aussi au moins deux nouveaux opérateurs en la matière.

Les candidats pour le montage automobile se multiplient au fur et à mesure, considérant que l’Algérie représente un marché à grand potentiel, particulièrement dans une conjoncture qui connaît une crise de disponibilité de véhicules neufs. Aussi, l’Algérie représenterait, suivant les déclarations des différents opérateurs, une porte pour lancer l’assaut sur le marché africain.

A ce titre, le montage automobile connaît une croissance en termes de volume de production, caractérisée par une importante activité d’importation des kits à monter en formule CKD. Si cette formule de montage a l’avantage de la facilité et la satisfaction de la volumétrie, elle a l’énorme inconvénient de coûter très cher au Trésor public. En effet, selon les statistiques douanières reprises par l’APS, au début décembre 2018, la facture d'importation des collections CKD destinées à l'industrie de montage des véhicules de tourisme s'était établie à 2,38 milliards de dollars sur les dix premiers mois de 2018 contre 1,27 milliard de dollars sur la même période de 2017, soit une augmentation de 1,11 milliard de dollars sur les 10 premiers mois de 2018 par rapport à la même période de 2017 (une hausse de 87,4%).

Une facture très salée

Quant aux importations des véhicules de transport de personnes et de marchandises et de collections CKD, elles se sont établies à 518,62 millions de dollars contre 377,1 millions de dollars à la même période de 2017, soit une hausse de 141,53 millions de dollars (+37,53%). En tendance, le montant devait clôturer à 3,5 milliards de dollars fin 2018 contre 1,62 milliard de dollars pour 2017 et 1,35 milliard de dollars pour 2016. Soit une facture très salée au vu du très faible taux d’intégration qu’accusent les opérateurs par rapport aux exigences du cahier des charges qui fixe ce paramètre à des taux évolutifs à la fin de chaque année d’activité.

Les experts parlent même de « dérive financière pour le montage de voitures-camions », car avant toute chose, ce sont les réserves de changes qui en prennent un coup à cause de cette surconsommation des devises pour l’importation des kits de montage. Il était question que ce montage évolue de façon significative pour atteindre le stade d’industrie de fabrication, même avec un taux d’intégration inférieur à 60%. Mais les conditions de réussite de cette hypothèse ne peuvent pas être réunies.

La première condition est que l’Algérie est loin de disposer d’une industrie pétrochimique capable de lui procurer la matière première pour la fabrication des accessoires en plastique et ses dérivés. Aucune marque qui pratique le montage automobile ne dispose d’un réseau de sous-traitants qui lui fournit les pièces de rechange, que ce soit pour les moteurs ou pour les accessoires automobiles. Quant à la sellerie, qui a été longtemps proclamée comme étant un précurseur de l’industrie automobile et ce, vu la facilité de sa mise en place et de sa maîtrise en peu de temps, elle ne trouve aucun sous-traitant. Ces faits prouvent, à eux seuls, que l’intégration nationale est encore au stade de discours et qu’elle est loin de voir le jour de sitôt.

Passer par le montage avant d’arriver à l’intégration

Comme pour compliquer les choses davantage, une déclaration de taille a été faite dernièrement et a été massivement relayée par les médias et dont l’effet a été immédiat. Lors d’une plénière à l’APN consacrée aux questions orales, le ministre de l’Industrie et des Mines, Youcef Yousfi, a précisé que « le principal objectif (à travers l’appui des projets automobiles) n’est pas le montage mais asseoir plutôt une véritable industrie automobile, et ceci prendra entre 20 et 30 ans », rapporte l’APS. Ainsi, l’Algérie a besoin de 20 à 30 ans pour asseoir une industrie automobile intégrée à même d’offrir des produits concurrentiels à la portée du consommateur algérien, de pallier aux importations et d’atteindre l’exportation, selon les déclarations du ministre de l’Industrie et des Mines en personne.

Ce dernier a ajouté qu’une assise industrielle ne peut se concevoir que par le passage par l’étape de montage pour évoluer ensuite vers l’intégration progressive de la sous-traitance locale ce qui devrait, selon ses affirmations, contribuer à une baisse notable des prix de vente au niveau national. Les spécialistes et les investisseurs en la matière confortent cet avis en affirmant que la hausse du taux d’intégration et des niveaux de production entraînera une baisse sensible des prix et que la cherté des prix actuels était due aux coûts de l’investissement et aux faibles capacités de production des usines par rapport à la demande.

Alerte crise !

D’un point de vue purement abstrait, cette nouvelle semble d’une logique indiscutable au vu de la lourdeur de sa mise en place et de la complication que prend la tournure de la conduite de projets chez nous pour plusieurs raisons qu’il n’est pas opportun d’énumérer et d’expliquer ici. 30 ans seraient une durée idéale pour le développement d’une véritable industrie automobile avec une évolution normale par moyens propres. Mais voilà que vient chambouler ce calcul le paramètre de la conjoncture économique et financière du pays qui rappelle à l’ordre toute tentative de déclaration démagogique. La grave crise financière que traverse le pays, caractérisée par l’effondrement du pouvoir d’achat du dinar algérien, l’inflation croissante et la chute du pouvoir d’achat du citoyen moyen, la fluctuation du prix du pétrole et l’enclenchement de la planche à billets à plein régime, qui a favorisé certaines dépenses non rationnelles, pour ne citer que ces exemples, fausse complètement la donne.

En effet, les prémices de la grave crise dont les experts préviennent des conséquences, ainsi que l’urgence de la nécessité de diversifier les sources de revenus du Trésor public font que les trente années de préparation, de mise en place et d’ajustements soient sérieusement revues à la baisse, car, et pour le moment, l’Etat mise la grande partie de ses capacités financières sur l’industrie automobile.

Une dangereuse dérive attend le pays au tournant, et cela n’a point l’air d’inquiéter les tenants des décisions stratégiques du pays au vu des discours prédominants qui ne cessent de vanter les mérites des réalisations accomplies et des prouesses qui ont surtout consommé des budgets colossaux que les différents départements ministériels n’arrivent même pas à compenser, ne serait-ce que partiellement. Force est de reconnaître que le pays a enregistré une certaine avancée dans certains domaines, mais une trentaine d’années afin d’asseoir une industrie automobile classique, pour la fabrication de véhicules consommant du carburant, est franchement très exagérée.

Le mérite aurait été tout autre si, avec ce retard technologique, l’Algérie s’était tournée vers les énergies renouvelables et les voitures électriques, comme c’est le cas pour certains pays de l’Afrique qui investissent sérieusement dans ce domaine. Pourquoi pas nous ?

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