Quelle sortie de crise pour 2019 : Les recommandations des spécialistes

Mise en garde. Les experts et économistes, aussi bien nationaux qu’internationaux, n’ont pas cessé de tirer la sonnette d’alarme en prévision d’une crise imminente engendrée par la chute des prix du pétrole. L’on se souvient, à titre d’exemple, des initiatives du groupe d’études Nabni qui a été, de tout temps, une force de propositions en toute situation, y compris lorsque l’économie algérienne a montré tous les signes de malaise, suite à la crise liée à la chute du prix du pétrole et ses effets sur la trésorerie du pays.

Au moment où nous mettons sous presse, les enjeux politiques sont la priorité de l’Etat au détriment d’une économie qui, au vu du volume important des recettes lors des années de faste, aurait pu devenir une puissance émergente. Au lieu de cela, le pays se trouve englouti dans les travers de la gestion du quotidien et des faits divers, sans vision stratégique pour le pays.

Tout le monde est tenu en haleine en attendant la tenue d’une échéance électorale qui paralyse toute décision engageante sur les moyen et long termes dans les domaines économique, politique et social. A tel point que la lenteur qui en résulte devient elle-même une crise en soi à gérer.

Pour grand nombre de spécialistes en économie et en finance, l’année 2019 connaîtra une probable crise qui risque d’influer négativement sur le sort des réserves du pays, et particulièrement dans une conjoncture internationale instable, caractérisée par la fluctuation du prix du baril de pétrole qui joue grandement avec les équilibres financiers des pays qui n’ont que cette ressource pour établir leurs budgets.

Ainsi, les analyses de la situation et les propositions de solutions à mettre en oeuvre afin d’y remédier viennent se conforter les unes par rapport aux autres. La proposition qui a fait l’évènement à la fin de l’année 2018 reste bien celle de l’ICG.

Crisis Group, un verdict sans appel

Le Centre d’analyses international Crisis Group a publié un rapport sur l’Algérie intitulé « Surmonter la paralysie économique de l’Algérie », à la mi-novembre, dans lequel il recommande aux tenants du pouvoir d’engager des travaux afin de se défaire de leur politique sociale, car il est impossible de continuer ainsi au vu des conditions actuelles.

Son verdict est sans appel : « A terme, l’Algérie devrait faire plus que des ajustements techniques marginaux pour sa politique économique. Elle devrait chercher à renégocier un contrat social implicite entre l’État et ses citoyens, longtemps limité par les avantages (et les désavantages) de son économie de rentière basée sur le pétrole, qui consiste à ce que l’État subvienne aux besoins et à la population de se taire… Les fissures dans cet arrangement sont devenues plus apparentes, se concrétisant principalement par de fréquentes manifestations socio-économiques à travers le pays. »

Un constat largement partagé par nombre d’experts qui estiment que le modèle économique retenu et la complaisance de l’Etat à l’égard des questions sociales et des dépenses astronomiques consenties pour le maintien d’une paix sociale éphémère vont creuser encore plus dangereusement le fossé.

Cependant, pour l’ICG, si une réforme du système des subventions devait être menée, c’est avec prudence, car si une partie des Algériens n’a pas vécu les évènements des années de sang, elle risque de réagir violemment face à un quelconque changement au niveau des subventions. Mais avec cela, « près de vingt ans après la fin de la guerre civile des années 1990, il est temps de commencer à s’éloigner d’un modèle qui, malgré toute la stabilité et la paix qu’il a engendrées, apparaît de moins en moins durable », selon le rapport de l’ICG.

Le rapport en question estime que l’ouverture et la transparence sur les questions sensibles que posent les finances du pays devraient être le maître mot dans la relation entre le gouvernement, les institutions de l’Etat et la population ; c'est-à-dire l’état des lieux et les solutions qu’il compte entreprendre face à chaque situation. Le rapport évoque aussi la question délicate de la corruption, qui devient une préoccupation grandissante du public, en recommandant au gouvernement de répondre à cette problématique par la mise en place d’une commission d’experts chargée d’examiner la meilleure façon de réduire la corruption au moyen de réformes administratives et législatives. Cette solution est d’ailleurs, toujours selon le rapport, meilleure que de faire des procès pouvant être « perçus par le public comme une chasse aux sorcières politique, particulièrement dans le contexte d’un changement imminent ».

Tirer leçons du passé

Au-delà de ce que le rapport de l’ICG évoque dans son contenu comme attitude à adopter par le gouvernement dans ses prises de décisions à caractère engageant pour le pays, en élargissant le cercle de consultation afin de susciter l’adhésion des parties prenantes et du public, les autres questions qui entravent le pouvoir d’anticiper une crise et de maîtriser les moyens d’y faire face sont toujours en relation avec l’attitude.

En effet, il y a des faits qui se sont déroulés par le passé et d’autres qui sont prévus pour cette année 2019, dont la gestion du gouvernement à leur égard relève de l’énigmatique. Ils sont directement liés au dossier de l’informel.

Par le passé, il y a eu bien des tentatives pour capter l’argent qui circule en dehors du cercle formel, mais qui ont toutes été soldées par des échecs. Parmi lesquelles, il y a la tentative d’imposer le chèque comme moyen de paiement unique, la facture comme condition pour conclure une transaction entre commerçants et le crédit documentaire comme unique moyen de règlement des transactions à l’international. Des mesures qui n’ont pas abouti et dont la liste risque de se rallonger encore cette année.

La Banque d’Algérie a annoncé que l’année 2019 connaîtra la mise en circulation de nouveaux billets de banque. L’annonce a été interprétée plutôt bien car, pour le collectif des économistes, il était attendu que cette initiative soit la mesure de départ pour la lutte contre l’informel.

La solution idéale aurait été que les nouveaux billets soient un moyen pour absorber la masse astronomique d’argent circulant hors du circuit officiel. Mais voilà que cette déclaration est suivie par une autre qui fait état, et à la surprise générale, de la concomitance de la circulation des billets anciens avec les nouveaux.

Une décision plus que surprenante, au vu de ce qu’elle pourrait apporter au Trésor et aux institutions financières comme entrées d’argent. Pourquoi ce gisement est-il contourné pour aller vers les solutions de facilité ?

Des décisions politiques courageuses s’imposent

Il est impensable que les autorités financières, qui regorgent de spécialistes en matière de finance, n’aient pas pensé à cette solution en décidant d’émettre de nouveaux billets. Mais la question mérite d’être posée à ce stade de l’évolution des événements. Est-ce de la complaisance à une échéance électorale afin d’élargir l’électorat, ou est-ce une action qui vise le maintien de la paix sociale en ne provoquant pas une augmentation des prix ? La question reste posée.

En tout cas, si les solutions techniques ne manquent pas à l’appel, la véritable problématique est celle de l’attitude que doit adopter le gouvernement face à la crise imminente, car, rien ne sert d’énumérer les solutions si la volonté de les engager est inexistante.

A ce titre, la simultanéité de la baisse des prix du pétrole, qui a fragilisé la structure du modèle économique algérien mono produit, de la fonte des réserves de changes, de la fin non déclarée du Fonds de régulation des recettes qui a été créé à l’origine pour l’excédent des recettes pétrolières, de la perte de valeur du pouvoir d’achat de la monnaie nationale face aux autres devises, de la hausse du volume des dépenses publiques de fonctionnement, du maintien du statu quo pour la préservation de la paix sociale, de la stagnation politique et économique qui ont paralysé l’ensemble des institutions, ainsi que d’autres éléments qui seraient longs à lister, les décisions politiques courageuses sont plus que nécessaires pour le salut de tous. Il n’existe pas de solution durable ou de solution tout court face à une absence de volonté politique pour la mettre en oeuvre et la maintenir dans le temps.

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