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Blanchiment de capitaux : Dure sanction contre l’Arabie saoudite

Préjudice. Au moment où, pour faire face à l'après-pétrole, l'Arabie saoudite entame un processus de transformation de son économie, la Commission européenne vient de placer le pays sur une liste noire de pays dont les dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme sont jugés insuffisants.

Un coup dur dans la stratégie de diversification économique du Royaume wahhabite, ce qui a poussé l'Arabie saoudite à réagir vite à l'annonce de la Commission européenne, selon l'agence officielle saoudienne SPA.

« L'engagement de l'Arabie saoudite dans la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme est une priorité stratégique pour le Royaume. Nous allons continuer à développer et améliorer notre cadre réglementaire pour parvenir à cet objectif », a plaidé le ministre des Finances saoudien, Mohammed Al-Jadaan, cité par SPA, à l'annonce de la sanction. Selon les analystes, cette sanction risque d’avoir un grand préjudice sur l’économie saoudienne qui a entamé sa diversification économique depuis 2015. « S'il n'y a pas de sanctions à la clé pour les pays concernés, ce document contraint les banques et les instances soumises aux règles de l'Union européenne à procéder à des contrôles renforcés des opérations financières impliquant les pays qui y sont inscrits. Ce qui, pour l'Arabie saoudite, va compliquer ses transactions économiques avec les Vingt-huit », estiment certains analystes.

En effet, pour se défaire de la dépendance au pétrole, le pays avait impulsé une nouvelle stratégie initiée par le prince héritier Mohammed Ben Salman (dit MBS), avec pour objectif que le Royaume ne s'appuie pas uniquement sur sa rente pétrolière pour financer son train de vie. Il s'agit d'un vaste programme d'investissement dans tous les secteurs de l'économie productive mais aussi dans les nouveaux secteurs que sont, pour l'Arabie saoudite, le e-commerce, l'efficacité énergétique, le marché hypothécaire, l'industrie des loisirs, le tourisme ou encore l'éducation qui doit transformer, d'ici quinze ans, l'austère monarchie pétrolière en un pays ouvert et tolérant, économiquement développé, diversifié et mondialement influent. Un dessein assombri par la décision de la Commission européenne mais une démarche vitale pour l'avenir du Royaume.

Il ne faut pas nier que l’Arabie Saoudite est un pays ultra-dépendant de ses exportations de pétrole et de la rente liée à ces dernières. D’ailleurs, le chef de file de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) avait connu en 2017 la récession et vu son PIB se contracter de 0,7%. En cause, la faiblesse des prix du pétrole.

Si le pays a renoué avec la croissance en 2018 (+1,5 %), il affiche un déficit budgétaire colossal depuis l'effondrement chronique des prix de l'or noir il y a environ cinq ans. Depuis cette date, le Royaume n'a de cesse affiché des déficits budgétaires qui ont totalisé 260 milliards de dollars depuis 2014 et sera à nouveau, en 2019, en déficit pour la sixième année consécutive. Le Fonds monétaire international (FMI) avait, dès 2017, conseillé aux pays du Golfe, dont l'Arabie saoudite, « d'accélérer la diversification » de leur économie jugeant le moment opportun.

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