Entretien Omar Hadjeras, président du Syndicat national des ingénieurs agréés en génie civil et bâtiment (SNIA-gcb) : « On n’est pas là pour faire de la figuration »

bâtiment. Le président du Syndicat national des ingénieurs agréés en génie civil et bâtiment, qui nous a accordé cet entretien, n’a pas été avec le dos de la cuillère pour dérouler une série de griefs à l’encontre des responsables du secteur. Aussi, il n’a pas manqué de fustiger certaines parties qui continuent d’écarter voire d’interdire les ingénieurs civils (bureaux d'ingénierie) de participer même aux soumissions relatives au « suivi » des projets du secteur du bâtiment en Algérie.

L’ACTUEL : Comment se présente la situation professionnelle des ingénieurs civils en Algérie ?

Omar Hadjeras : La situation professionnelle des ingénieurs civils en Algérie va très mal. Les ingénieurs (bureaux d'ingénierie) ne sont pas seulement écartés mais « interdits » d'une manière directe (mal déguisée) de participer même aux soumissions relatives au « suivi » des projets du secteur du bâtiment (non éligibles dans les cahiers des charges). Il en est de même pour les études d'adaptations pour lesquelles les ingénieurs ne sont pas admis à soumissionner.

Si on aborde le rôle de l’ingénieur civil dans le domaine du bâtiment, estimez-vous qu’il y a effectivement une urgence de la réhabilitation de ce métier en Algérie ?

Le rôle de l'ingénieur civil dans le domaine du bâtiment n'est plus à démontrer aux initiés et décideurs du secteur. Pour mettre un terme à l'entêtement des maîtres d'ouvrages à ignorer le rôle et la participation de l'ingénieur dans la maîtrise d'oeuvre, le législateur l'a imposé par l'article 55 de la loi 04-05. Nous pensons qu'il n’y a pas lieu de parler de réhabilitation de ce métier, il y a plutôt urgence à ré-initier nos maîtres d'ouvrages au respect des lois de la République et à réveiller leurs consciences professionnelle et surtout humaine qui demeurent en hibernation par le somnifère de « l'urgence ». Combien de fois faut-il leur répéter que beaucoup de vies humaines et de biens auraient été épargnés par les catastrophes naturelles si on avait impliqué nos ingénieurs dans la maîtrise d'oeuvre en bâtiment. J'en appelle à la conscience de tous les professionnels qu'il n’y a pas seulement urgence mais qu'il y a risque à la demeure. Je rappelle aussi que nos ingénieurs sont capables de sécuriser nos constructions.

Qu’en est-il de votre dernière décision de création d’une entité des ingénieurs en génie civil, notamment en ce qui concerne la révision des lois sur le bâtiment, et qu’adviendrait-il de l’actuel Syndicat national des ingénieurs agréés en génie civil (SNIA) ?

Nous n'avons pas décidé de créer une entité. Nous avons tout simplement insisté et aidé les pouvoirs publics à « créer » (c'est un terme que je n'aime pas, car le seul créateur c’est le Bon Dieu) l'Ordre national des ingénieurs des secteurs du BTPH. Presque tous les pays du monde ont leur Ordre sauf l'Algérie. Alors nous œuvrons pour que cet Ordre voit le jour. Pour ce qui concerne la révision des lois sur le bâtiment, le MHUV a ouvert plusieurs fronts où rien ne marche, car il n’y a ni de débat ni de participation réelle. On nous invite à faire de la figuration, ce qui devient fatiguant. Les moyens humains actuels du ministère sont insuffisants pour gérer tous ces chantiers. Même si le ministre a montré de la bonne volonté, ses cadres n’ont pas suivi (malgré la gentillesse qu'ils affichent). Quant au Syndicat national des ingénieurs agréés en génie civil et bâtiment (SNIA-gcb), il est presque au top de sa structuration. Il est implanté dans 44 wilayas. Il vient d'organiser une rencontre de deux jours (22 et 23 février) à Zéralda qui a été très constructive, mais à laquelle aucun représentant du MHUV n'a daigné assister. Néanmoins, c'est avec plaisir que nous avons enregistré la participation du DG du CGS, du président de l'ANII et d'un DG du MTTP.

Qu’entendez-vous par industrialisation de la production de logements en tant que réponse à la crise de logement en Algérie ?

L’industrialisation de la production de logements en tant que réponse à la crise de logement en Algérie n'est plus d'actualité. Même si en 2014 quand on a parlé de cette solution, nous entendions une plus grande intégration du coffrage métallique, particulièrement les « tables et banches » pour assurer une livraison rapide de la super structure des immeubles, et maintenir la création de l'emploi dans l’exécution des corps d'état secondaires, d'une part, mais aussi pour faire face aux soucis du séisme, d’autre part. Ce procédé a montré partout son efficacité. Malheureusement, l'ex-ministre avait préféré confier les programmes de logements aux entreprises étrangères, ce qui constitue un crime économique pour lequel il doit répondre un jour.

Quelle est votre lecture de la feuille de route de la politique nationale du logement telle que présentée récemment par le ministre du secteur devant les sénateurs ?

Pour nous, il ne s’agissait ni plus ni moins que d'une pré-campagne électorale. Heureusement que nos sénateurs (et notre presse) ne savent pas interpréter les chiffres déclarés (car réaliser 1.200.000 logements en 20 ans par 24.000 entreprises veut dire réaliser 5 logements en 2 ans par entreprise (no comment). Une grande réflexion doit être faite, en s’associant avec tous les intervenants, pour rattraper les insuffisances constatées et pour une prise en charge plus sérieuse de la problématique de l'habitat. Il y a des solutions pour le problème de logement, si on l'aborde sur l'aspect habitat. Sinon, on continue de poser le problème de « la poule et l’œuf ».

Une dernière question, les bâtiments construits après le séisme de 2003 de Boumerdès sont-ils plus sécurisés contre les effets des tremblements de terre que ceux d’auparavant ?

Oui, les bâtiments construits après le séisme de 2003 de Boumerdès sont logiquement plus sécurisés (du point de vue conception et réglementation) contre les effets des tremblements de terre qu’auparavant. Néanmoins, nous déclinons notre responsabilité, car les ingénieurs ont été écartés du suivi de leurs réalisations.

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