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Importation des véhicules de moins de trois ans : Une arme à double tranchant

Délicat. En prenant la décision de lever l’interdiction d’importation des véhicules de moins de trois ans, le gouvernement Bedoui a argumenté son action par sa volonté de faire pression sur les prix des véhicules fabriqués localement qui sont d’ailleurs jugés très exorbitants, du moins pour les citoyens au revenu moyen.

Toutefois, en attendant la finalisation des procédures réglementaires et juridiques d’acquisition par le citoyen de ce type de véhicules de l’étranger, les discussions vont bon train, non seulement dans les milieux de la profession mais aussi de la population. Aussi, pourquoi relancer le dossier de l’importation de véhicules usagés pourtant clos en 2015, suite au scandale des fameuses voitures ZH ? Les avis divergent…

L’initiative Bakhti Belaïb

« exhumée » « On va lever l’interdiction de l’importation des véhicules d’occasion de moins de 3 ans et élaborer un cahier des charges bien précis qui permet de ne pas importer des véhicules représentant des dangers à la circulation. C’est-à-dire que nous allons autoriser l’importation de ces véhicules sous conditions. »

C’est ce qu’avait déclaré l’ex-ministre du Commerce, Bakhti Belaïb, en 2016. Au bout du compte, cette proposition n’a pas fait long feu car elle a été rejetée par les députés lors de l’examen de l’avant-projet de la loi de finances de 2017 sous la pression du gouvernement Ouyahia de l’époque. Normal, diriez-vous, puisque les décideurs de la majorité parlementaire menée par le couple FLN-RND avaient « des arrière-pensées » préférant leurs amis du lobby des faux-hommes d’affaires qui se préparaient à saigner à blanc les finances publiques sous couvert de l’industrie du montage automobile ; un véritable fiasco économique pour l’Algérie.

Présentement, l’actuel gouvernement a pris conscience de la gravité du préjudice subi par le secteur des finances publiques avant de couper court à cette mascarade d’importation déguisée qui n’a que trop duré. Pour rappel, en 2018, la facture globale d’importation des collections CKDSKD destinées au montage de véhicules (de tourisme et utilitaires) et l’importation de véhicules de transport de personnes et de marchandises (produits finis) a explosé, s’établissant à plus de 3,73 milliards de dollars contre 2,2 milliards de dollars en 2017, en hausse annuelle de 1,53 milliard de dollars (+70%). Il n’y a pas photo, des montants en devises dépensés à blanc sans contrepartie pour l’intérêt de l’industrie algérienne, une véritable supercherie, quoi ! Du coup, cette formule d’importation de véhicules usagés peut-elle contrecarrer le diktat des concessionnaires.

Une mauvaise disposition aux yeux des industriels du montage des véhicules

Néanmoins, ce revirement de situation ouvrant la voie au retour du véhicule de moins 3 ans a été très mal accueilli par les industriels du montage des véhicules. Contacté par nos soins, un responsable d’une marque automobile estime que «cette décision est en contradiction avec les investissements entrepris par les concessionnaires dans l’industrie automobile. Ce brusque frein des importations des CKD-SKD destinés à l’assemblage des véhicules neufs sous couvert de l’austérité et de la réduction de la facture d’importation en devises, est un coup de massue que personne n’attendait », a-t-il regretté. Cependant, à la question de savoir l’impact de cette décision sur le marché algérien, notre interlocuteur nous a fait savoir qu’« il est déraisonnable de laisser libre champ à la spéculation.

L’importation des véhicules de moins de 3 ans n’apporte aucune valeur ajoutée. Ni sur le plan des emplois, et encore moins sur le plan du service après-vente. Pis encore, un véhicule de moins de 3 ans qui revient à 1.000 ou 2.000 euros sera vendu sur notre marché au même prix que celui importé ».

Autre fausse note, le contrôle et l’homologation d’un véhicule d’occasion avant son introduction sur le sol algérien. Force est de constater que les ports algériens ne sont pas dotés d’équipements de contrôle et d’homologation pour les véhicules. Idem pour le véhicule neuf, ce dernier est homologué sur la base de fiches techniques envoyées par le constructeur d’origine à son représentant local.

Les effets beaucoup plus contreproductifs que bénéfiques

La célérité par laquelle le gouvernement a agi en notifiant sa décision d’imposer des quotas d’acquisition de kits CKD/CKD aux opérateurs du secteur de l’assemblage des véhicules et pour le moins incompréhensive. Sans crier gare, ni préavis, la décision est tombée tel un couperet sur la tête des responsables des usines de montage de voitures. Pis encore, celle-ci est applicable sur le champ et avec effet rétroactif.

Loin de prendre la défense des concernés par cette mesure gouvernementale, on peut aisément imaginer les conséquences d’une telle injonction qui a placé les opérateurs devant ce « guet apens » qui risque à court terme de provoquer de gros dégâts dans la suite des événements.

Les retombées disant négatives qui vont découler de cette mesure sont diverses, notamment économiques et sociales. Cela étant dit, c’est avant tout l’avenir de milliers de travailleurs, toutes catégories confondues, qui est mis en jeu. Pour exemple, la moyenne des effectifs des usines de montage est de 500 employés occupant des postes directs, alors que les enveloppes qui seront désormais allouées par la banque aux industriels ne permettent d’assurer que six mois d’activité au maximum, et encore…

S’agissant des autres retombées, certains économistes qui se sont exprimés sur la question sont unanimes pour déclarer que cette option, même si elle présente des avantages notamment pour juguler la déperdition effrénée des réserves de changes, et un système d’engranger de l’argent frais dans les caisses de l’Etat, à travers les différentes taxes, il n’en demeure pas moins que les mécanismes de sa gestion seront très difficiles à maîtriser, Par contre, cela n’empêche pas aussi l’apparition de quelques effets contreproductifs que l’on peut résumer comme suit : envolée des prix des véhicules neufs et d’occasion, le risque d’une flambée des monnaies étrangères par rapport à un dinar déjà très mal en point, les voitures usagées importées ne présentent pas, a priori, des garanties de sécurité, etc. Wait and see.

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