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Réforme du système des retraites : Cap sur le renouveau managérial de la CNR

Réajustements. 3.217.503 est le nombre de bénéficiaires d’une pension ou allocation de retraite en Algérie au 31/12/2018, y compris celles servies à l’étranger.

Présentement, le système de retraite en vigueur est régi par la loi n° 83-12 du 02 juillet 1983, laquelle a fait l’objet d’une modification partielle de certaines dispositions instituées dans la précédente loi. Celle-ci a permis de réaliser une refonte totale du mode de fonctionnement de la CNR à travers, notamment, l’uniformisation des avantages et des conditions d’accès aux prestations (identiques pour tous les bénéficiaires avec des particularités propres aux travailleurs indépendants), ainsi que d’importants réajustements au plan des conditions d’octroi et du niveau des avantages.

Déficit récurrent

Il n’y a rien à dire, la Caisse nationale des retraites (CNR) « vit une situation catastrophique » et ce, depuis quelques années. Effectivement, il y a péril en la demeure eu égard aux constats alarmants dévoilés « à tour de bras » par les pouvoirs publics ainsi que le premier responsable de cette institution de service public à la faveur de leurs diverses sorties médiatiques. Et pour cause, la CNR traîne depuis l’année écoulée un déficit financier de 560 milliards de dinars, lequel est certainement appelé à être revu à la hausse pour dépasser les 600 milliards en 2019, selon les aveux-mêmes du premier responsable de la Caisse. Selon Slimane Melouka, directeur géneral de la CNR, principalement l’origine de cet état de fait demeure le départ en grand nombre des travailleurs en retraite (retraite anticipée, notamment), conjugué à une baisse drastique et constante des cotisants, ce qui a engendré un déséquilibre dans les comptes relatifs aux recettes et aux dépenses de la Caisse.

Dès lors, il s’est avéré inconcevable de revenir au système de retraite à moins de 60 ans. D’ailleurs, le tiers des retraités sont âgés de moins de 60 ans, et donc les pensions affectées à cette catégorie de retraités équivalent au montant du déficit de la CNR. Du coup, si le système de la retraite proportionnelle ou la retraite en dessous des 60 ans n’avait pas été appliqué, la CNR n’aurait pas accusé ce déficit.

Le DG de la CNR a estimé, en outre, que « la situation s’est effectivement dégradée à partir des années 2014- 2015 pour atteindre un niveau important en 2016, 2017 et 2018 », rappelant au passage qu’il y a eu « de nombreuses dispositions légales pour pallier ce déficit par des apports des autres caisses, et plus récemment en 2018 par un apport de l’Etat assez conséquent (500 mds DA), qui s’ajoute à un apport régulier de 15% des dépenses».

C’est au lendemain de la tripartite de juin 2016 que le gouvernement, dirigé alors par l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, que ce dernier avait mis fin aux régimes de retraite proportionnelle et anticipée, qui ont bénéficié particulièrement aux enseignants et personnels de l’éducation nationale.

La réalité est que l’introduction du système de la retraite anticipée a produit un effet dévastateur sur le fonctionnement normal, ce qui n’a pas manqué de « mettre à genoux la CNR ».

D’autre part, le système national des retraites fait face, depuis des années, à des difficultés financières dues essentiellement à plusieurs facteurs objectifs et autres structurels, à l'instar de la faible croissance des revenus de cotisations, particulièrement durant la période allant de 2015 à 2018, de l'augmentation constante des dépenses avec un taux de croissance annuel estimé à 18% entre 2010 et 2018, en raison de la revalorisation annuelle des avantages de retraite, qui a fait augmenter la moyenne des pensions de 80% durant la période 2010–2018.

Un « remue-méninges » s’impose

Lors de son allocution prononcée au cours de la rencontre nationale des directeurs de wilayas de la Caisse nationale des retraites (CNR), organisée en mai dernier à Alger, sous le thème : « Le renouveau managérial de la CNR », le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Sécurité sociale, Hassan Tidjani Haddam, a annoncé le lancement « prochain d'un large débat » sur la question de la révision du système de la retraite en Algérie. Au cours de cet important rendez-vous qui va réunir l’ensemble des partenaires et les différentes parties concernées, il s’agira de dégager une série de propositions relatives aux équilibres financiers et au renouvellement de la gestion de la Caisse nationale des retraites (CNR).

Dans ce contexte, M. Haddam a indiqué que son département a déjà procédé à la mise en place d’ateliers de réflexion pour l'élaboration de propositions et de solutions liées, notamment, aux équilibres financiers, à la rationalisation des dépenses et au renouvellement de la gestion de la CNR, afin d'introduire des réformes à même de les rendre plus adaptées aux nouvelles caractéristiques du fonctionnement des services de la CNR. Aussi, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale a indiqué que des recommandations « font l'objet d'évaluation et d'enrichissement par les spécialistes et les experts du secteur » et « feront prochainement l'objet d'un large débat regroupant tous les partenaires économiques et sociaux ainsi que les différentes parties concernées sans exclusion dans le cadre de la concertation et du dialogue », a-t-il déclaré.

« Dans le but de préserver la pérennité du système de retraites, les pouvoirs publics se sont engagés à garantir le versement des pensions de retraites quelles que soient les conditions, en dépit des difficultés financières ayant touché le Trésor public ces dernières années », a souligné le premier responsable du département ministériel du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale. En attendant la nouvelle version du système national des retraites, la présentation de l’avant-projet risque d’être ajournée sine die, situation socio-politique actuelle oblige.

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