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Bancarisation des fonds de l'informel : La non-conformité à la chariâ est-elle seule responsable ?

Bancarisation des fonds de l'informel : La non-conformité à la chariâ est-elle seule responsable ?

Rédigé par A. A. B. / Economie / mercredi, 21 octobre 2020 02:06

Problématique. L’existence des banques islamiques n’a pas du tout encouragé les opérateurs versés dans l’informel à changer de pratiques de financement. De très grosses sommes d’argent en espèce circulent encore, échappant au circuit financier formel.

Devant la crise multidimensionnelle induite par la crise de la Covid-19 et le financement de l’économie qui se pose avec acuité, les options qui s’offrent aux pouvoirs publics sont loin d’être un bel éventail, bien au contraire.

Le fait est que chaque solution envisagée nécessite des moyens et des ressources pour sa mise en oeuvre, et lorsqu’il s’agit de ressources, les moyens de financement sont toujours en tête de liste. Il s’agit, à ce moment, d’un cercle vicieux qui commence par les ressources financières maigres, issues de la baisse des prix des hydrocarbures, qui nécessitent une diversification des ressources à travers une diversification de l’économie ; diversification qui, elle-même, nécessite des ressources financières.

Une équation qui trouve sa solution dans le fait de puiser dans les poches des ressources existantes, car cela n’engendrerait pas des coûts supérieurs aux ressources elles-mêmes, comme c’est le cas pour l’endettement externe auprès d’institutions internationales, ou encore le recours à la planche à billets. Une solution difficile à mettre en place si on omettait le fait que l’économie algérienne est composée d’un volet qui active dans l’ombre et dont le volume peut être aussi important que celui de l’économie formelle.

50 milliards de dollars circulent dans l’informel

En l’absence de statistiques officielles et fiables en matière de mesures du volume d’activité et des domaines dont l’activité est exercée « au noir », il ne reste plus qu’à se fier à certaines déclarations dont les statistiques indiquent que les activités et les transactions du secteur informel représenteraient plus de 47% de la masse monétaire et 45% du PNB. Les capitaux qui circulent dans cette sphère seraient estimés à plus de 50 milliards de dollars, soit le volume de toute une économie.

C’est à cet effet que les autorités ont fait de l’absorption du volume important de cette plaque tournante, afin de le voir rejoindre le côté formel de l’économie, une des premières priorités. Ainsi, différentes mesures ont été proposées par les autorités financières pour solliciter la bancarisation des fonds importants circulant dans l’informel, dont l’autorisation des institutions financières à introduire des produits qui sont conformes à la chariâ islamique.

En effet, les Algériens, dans leur majorité, boudent la banque à cause du principe sur lequel est érigé le système bancaire tout entier, à savoir celui de l’utilisation de l’usure comme moyen de rémunération des transactions financières, pour reprendre le terme de la définition littérale du taux d’intérêt exercé. Cela constitue l’une des explications qui poussent les opérateurs à recourir à activer dans l’informel, ou à des pratiques informelles, du moins pour les transactions commerciales qu’ils pratiquent.

Cependant, si les statistiques montrent une corrélation entre la présence du taux d’intérêt et celui de l’augmentation des transactions hors du circuit bancaire, il y a lieu de prouver le lien de causalité lié à cette corrélation. Beaucoup d’Algériens ont bien versé dans les relations bancaires avec l’avènement des banques qui se disent versées dans les produits conformes à la chariâ, au-delà de la conformité réelle et des fatwas pertinentes dans ce sens et ce, rien que du fait que les banques en question se sont autoproclamées « islamiques ».

Cependant, leur existence n’a pas du tout encouragé les opérateurs versés dans l’informel à changer de pratiques de financement. De très grosses sommes d’argent en espèce circulent encore, échappant au circuit financier formel. Bien au contraire, les volumes ont connu un essor important, n’était la crise de la Covid-19 qui a ralenti la cadence, ce qui nous pousse à se poser la question sur les véritables raisons qui font que les détenteurs de fonds en espèce évitent à tout prix le circuit officiel des finances. Et il ne faut pas aller chercher très loin pour trouver les bonnes réponses.

Ces raisons qui encouragent l’expansion de l’informel

Tout d’abord, il y a lieu de prendre en considération le fait que l’existence de l’informel en Algérie fait référence aux pratiques qui le régissent, ainsi qu’aux conditions dans lequel il active. En matière de pratiques, il y a, en premier lieu, l’absence de toute forme de facturation et de règlement par des moyens de paiement autres que l’espèce. Il y a aussi le fait que ce secteur s’estime exonéré de toute déclaration fiscale et sociale relative aux transactions qu’il opère ou aux personnes employées, ce qui permet d’échapper à toute forme d’imposition ou de cotisation diminuant le volume des gains amassés.

En matière de conditions d’exercice et de contexte administratif, il est indispensable de ne pas exclure la responsabilité des autorités dans l’expansion de ce phénomène, car les difficultés qui caractérisent l’environnement économique y sont pour beaucoup, et sont toutes liées aux options économiques retenues par l’Algérie, qui consacrent la bureaucratie, le rejet de l’initiative privée et la dominance de l’Etat.

Les causes de la propagation de l’informel liées à cette option sont la conséquence de plusieurs phénomènes tels que les lourdeurs administratives, les niveaux importants des taux d’imposition ainsi que la multiplicité des natures d’impôts, une réglementation instable et vague, l’inadaptation du système financier et bancaire aux exigences d’une économie de marché en matière de financement et de possibilité d’accès à la devise étrangère, ainsi que la propagation excessive de la pratique de la corruption qui nourrit l’informel et vice versa.

Pour revenir à la problématique du système financier, dont la dernière nouveauté est la proposition de solutions conformes, au sens des institutions bancaires, à la chariâ, la conclusion à tirer est la suivante : si l’objectif principal poursuivi par les détenteurs de l’autorité financière derrière l’institution de produits financiers conformes à la chariâ est celui de l’éradication de l’informel et la bancarisation des fonds qui y circulent, la partie est loin d’être gagnée. Il ne s’agit pas d’un fait unique à résultat unique, mais d’une mesure qui doit faire partie d’une grande refonte du système financier afin de pouvoir ramener une partie de l’informel.

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