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Toufik Hadkeheil, président du Caflex : «Nous sommes capables de relever le challenge»

Toufik Hadkeheil, président du Caflex : «Nous sommes capables de relever le challenge»

Rédigé par Rabah Karali / Entretien / dimanche, 22 novembre 2020 02:41

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait tapé du poing sur la table à la faveur de la tenue de la conférence nationale sur le Plan de relance pour une nouvelle économie, insistant sur l’impératif d'augmenter les exportations hors hydrocarbures à 5 milliards Usd, au moins d’ici fin 2021, contre les 2 milliards Usd actuels. S’agissant des produits agricoles, la solution à court et à moyen termes pour augmenter les parts de marché d’une manière exponentielle est bel et bien d’ouvrir des comptoirs sur les plus grandes places mondiales des fruits et légumes, à savoir Dubaï, Doha, Madrid, Amsterdam, sans oublier le marché de Perpignan, en France, qui est une plaque tournante des fruits et légumes vers le reste de l’Europe.

Pour ce faire, il faut régler définitivement le problème de la logistique, établir des études de marché, maîtriser la certification des produits agricoles et, enfin, mettre en place un guichet unique numérisé qui permettra à l’opérateur de se concentrer sur son travail d’exportateur. 2021 sera-t-elle l'année des exportations hors hydrocarbures ?

L’ACTUEL : Pourquoi la création d’un Cluster algérien des fruits et légumes alors qu’il existe une multitude d’institutions qui s’occupent de l’activité de l’exportation hors hydrocarbures ?

Toufik Hadkeheil : Le Cluster algérien des fruits et légumes à l’export (Caflex) a été créé en 2018 mais les premières réflexions quant à sa création ont débuté en 2016. Nous avons pour vocation de regrouper l’ensemble des intervenants de la chaîne de l’export. Cela va de l’importateur de graines au fournisseur d’intrants agricoles, en passant par l’agriculteur, sans oublier les ingénieurs agronomes, les transitaires, les armateurs et les institutions étatiques en rapport avec le domaine concerné. L’ensemble de ces intervenants représentent la chaîne de valeurs de l’export. Vous comprendrez qu’une association ou une organisation généraliste ne peut faire ce travail car c’est beaucoup trop particulier à un secteur bien précis.

Les normes et les contraintes relevant de l’export des fruits et légumes nécessitent une attention particulière au regard du produit. A titre d’exemple, le fruit ou légume récolté destiné à l’export doit être mis sous container reefer (réfrigéré) afin que la marchandise puisse conserver son niveau de fraîcheur identique au moment de la récolte. Et il faut savoir que dans chaque pays vers lequel est exporté le produit algérien s’appliquent des législations qui diffèrent. Nous devons, donc, tenir compte de tout cela.

Ces contraintes particulières sont spécifiques au domaine de l’export des fruits et légumes, auxquelles nous devons, donc, d’avoir une organisation dédiée aux fruits et légumes uniquement, compte tenu de ces spécificités particulières.

Dans le même sens, le ministre du Commerce, le professeur Kamel Rezig, en compagnie du ministre délégué au Commerce extérieur, Aïssa Bekkaï, ont procédé à l’installation du nouveau DG de l’Algex, en la personne de M. Lellouchi ; estimez-vous qu’il faut s’attendre à du nouveau dans le domaine de l’export ; quel en est votre commentaire ?

Tout d’abord, nous tenons à féliciter le nouveau DG de l’Algex, M. Lellouchi, dans ses nouvelles fonctions et nous lui souhaitons pleine réussite dans son nouveau challenge. Nous sommes à son entière disposition pour promouvoir l’acte d’exporter. Monsieur le président de la République nous a fixé un objectif de cinq milliards de dollars pour 2021. Nous nous devons de réussir ce challenge par tous les moyens. Il a ensuite prononcé un vieux dicton qui dit : « C’est avec les petites rivières que l’on fait les grands fleuves. » Nous souhaitons que ce nouveau DG ait la volonté nécessaire de faire de l'Algex une véritable machine contribuant à la promotion du produit algérien à travers le monde. D'un autre côté, nous nous devons d'être une force de propositions afin de pouvoir contribuer à l'amélioration de l’Algex.

En effet, le choix des foires et expositions se doit d'évoluer. De mon point de vue, nous nous devons au moins rentabiliser notre présence dans les foires. Si tel n'est pas le cas, nous devons en tirer les conséquences et choisir de nouveaux marchés cibles à meilleur potentiel. Notre pays est en pleine ébullition et nous nous devons de nous adapter avec une réactivité féroce, car sinon, des marchés peuvent nous passer sous le nez. Et nous ne pouvons plus nous permettre cela. Nous devons avancer ensemble, organismes étatiques et organisation privées, car l'un connaît le terrain et dispose d'un retour d'expérience certain, alors que l'autre partie joue le rôle de régulateur et d'accompagnateur. Nous devons avancer main dans la main. C’est en unissant nos forces que l’on obtiendra un résultat satisfaisant pour le pays.

L’Algérie est tenue présentement de réfléchir à l’après-Covid-19 afin de diversifier ses sources d’approvisionnement en devises. Le temps presse et nous n’avons plus le droit de continuer d’organiser des rencontres de salons, il faut agir ! La question est simple, que faut-il faire concrètement pour sortir des sentiers battus et neutraliser l’ensemble des entraves qui bloquent le développement des exportations ?

Pour promouvoir l’exportation, nous nous devons d’agir sur différents points, à savoir : premièrement, régler définitivement le problème de la logistique en Algérie qui est notre véritable talon d’Achille. La logistique est contrôlée en majorité par des compagnies étrangères pour un marché avoisinant les 3.8 milliards de dollars.

L’Algérie dispose d’une partie infinitésimale de ce business. Le manque de container reefer (réfrigéré) a fait exploser les prix à pratiquement 2.000 euros pour un Alger-Marseille en 40 pieds. Vous constaterez que par coïncidence, les prix des containers deviennent fous lors du début de la campagne d'exportation des dattes. C’est devenu un business plus que juteux. A titre d’information, neuf, il coûte 20.000 euros pour un 40 pieds dans le meilleur des cas, et vous, vous le louez 10% de son prix. C’est comme si vous achetiez une voiture et que vous la louez à 2.000 euros pour 24 h. Nous naviguons dans une pure folie. C'est honteux de nous bloquer ainsi. Les exportateurs de dattes peuvent supporter ce coût car leur prix de vente se situe entre 2 euros et 4.5 euros, mais en ce qui concerne les fruits et légumes, le prix de vente se situe en général entre 0.80 cts et 1.20 euro. Notre premier poste devient la logistique bien avant celui de l’achat du produit à exporter. Trouvez-vous cela logique ? A titre d’information, le poste logistique sur le coût total d'un produit pèse 5% en Allemagne, environ 9 à 10% en France et aux alentours de 35 à 40% en Algérie, alors que chez nous, tout est subventionné : l'essence, l'électricité et les employés.

L’État doit se pencher sérieusement sur le dossier en mettant à la disposition des armateurs nationaux des containers reefer qui permettront de ralentir cette spéculation qui se fait en toute légalité sur le dos du pays. Au final, c’est l’État algérien qui est perdant puisque son export ne peut se développer et c’est l’État algérien qui doit transférer ces montants faramineux en devises fortes. L’État est doublement perdant sur ce dossier. Il serait intéressant de penser à faire appel au savoir-faire d’armateurs étrangers souhaitant nous accompagner, à l’image des Sud- Coréens ou des Chinois qui ont une grande expérience en la matière, mais avec un cahier des charges qui nous est favorable.

La création de ces joint-ventures temporaires dans le présent cas pourra être favorable à notre commerce extérieur à condition que l'Etat algérien puisse être actionnaire majoritaire ou bien un privé algérien qui a une bonne expérience dans le domaine. Le second point concerne la certification des produits agricoles qui est une manne financière énorme dont l’Algérie ne profite malheureusement pas. Si nous prenons le cas du business du halal, en 2020, il est estimé à 2.500 milliards de dollars, et en 2023, il atteindra les 3.000 milliards de dollars. Concernant le bio, c’est un marché qui avoisine les 100 milliards de dollars avec une croissance annuelle estimée à 20% dans les pays à fort potentiel, à l'image de la France, de l'Allemagne et des pays scandinaves.

Pour information, la nouvelle stratégie de la Pac (Politique agricole commune) dictée par l'Union européenne, dans sa nouvelle mouture de 2020, a décidé de faire passer à 25% ses terres agricoles en bio contre 7% actuellement. L’Algérie doit se préparer à exporter du bio ce qui nous permettrait de doubler nos rentrées d’argent. C’est vous dire à quel point l’enjeu du bio est important. Si l’Algérie se donne les moyens de capter ne serait-ce qu’1% de ce flux, nous rentrerons dans une autre dimension en termes de rentrées de devises. L’ensemble de certification hissera nos standards vers le haut sur le plan national indirectement puisqu’il va nous permettre de manger mieux et d’avoir une agriculture durable et dotée d’une traçabilité, mais nous devons préparer nos terres dès maintenant comme le font nos concurrents. Nous ne pouvons plus nous permettre d'avoir un train de retard

Le troisième point qui me semble important est celui relatif à la création d’un guichet unique numérisé qui permettra à l’opérateur de se concentrer sur son travail d’exportateur. Actuellement, la partie administrative nous prend énormément de temps et cela nous empêche de nous concentrer sur le cœur de notre métier. Quatrièmement, les études de marché sont négligées.

Un opérateur économique étranger avant de venir s’installer en Algérie étudie le pays sous tous ses angles, ses avantages, ses contraintes, les différentes synergies possibles, etc. Chez nous, on y va au petit bonheur la chance, c’est pour cela que nous n’avons pas réussi encore à pénétrer le marché européen, alors qu’à titre d’exemple, nous avons 10% de la population qui vivent en France (soit environ 6 millions d'Algériens) sont d’origine algérienne avec un pouvoir d’achat leur permettant d’acheter nos produits aisément. A titre d’exemple, l’Égypte est devenue le premier exportateur d’oranges au monde avec 1.87 million de tonnes sur les 3 millions produites.

Le montant de ces exportations s’élève à 662 millions de dollars, et va bientôt devenir le premier exportateur mondial en termes de volumes au cours des deux prochaines années. Car ils se sont donné les moyens d’y arriver non seulement grâce à une logistique performante mais aussi par des zones de production qui sont proches des ports et des aéroports afin de gagner en temps. L’État a joué un rôle majeur dans cette réussite et tout le monde est gagnant, pourtant ils ont beaucoup moins de potentiel que l’Algérie mais ils ont su les mettre en valeur afin d’en faire un succès. Nous devons copier ces exemples et nous en inspirer.

Si on prend l’exemple de la Tunisie, les exportations de ce pays voisin ont généré des recettes records de 732 millions de dollars pour cette saison, alors que le montant total des exportations hors hydrocarbures de l’Algérie était de 2.58 milliards de dollars pour cette saison. Ne pensez-vous pas que nous sommes vraiment très décevants en matière d’efforts dans le domaine des exportations, notamment sur les produits agricoles ?

La Tunisie a une longue expérience en matière d’exportation contrairement à l’Algérie qui n’est qu’aux prémices de cette longue aventure. Nous avons ciblé les points défaillants lors de la mise en place de la stratégie nationale d’exportation SNE, et nous attendons son application sur le terrain qui, nous espérons, va permettre de débloquer pas mal de situations. En effet, cette stratégie a été mise en place avec les différents acteurs du métier de l’export, donc en toute logique, nous devrions récolter les fruits prochainement. Comme je vous l’ai dit, nous attendons sa mise en place.

D’autre part, aucun président de la République n’a parlé d’export mis à part le Président Tebboune qui a récemment longuement parlé d’export avec un chiffre à réaliser pour 2021 de 5 milliards de dollars. Il faut que nous nous unissions pour y arriver aussi bien les services étatiques que les opérateurs économiques. Je suis convaincu que nous serions au rendez-vous à condition que les pouvoirs publics nous soutiennent.

Nonobstant notre grande fierté nationale dans la production de dattes (deglet Nour), malheureusement, l’Algérien n’arrive pas à tirer profit comme il se doit du marché extérieur ; quels sont, selon vous, les voies et moyens pour réussir une bonne campagne dans l’exportation des dattes ?

Actuellement, l’Algérie exporte environ pour 100 millions de dollars de dattes, soit 3% de sa production globale. Quand on voit les Tunisiens au niveau de Tolga acheter notre produit et le conditionner en Tunisie pour être réexporter cela veut dire plusieurs choses, notamment que notre produit est de bonne qualité et qu’il est très demandé sur le marché mondial. C’est à nous de nous organiser pour arrêter cette hémorragie.

Les Tunisiens ont trouvé une faille et ils l’ont exploitée. A nous de faire en sorte à ce que cela ne se reproduise plus. C'est de bonne guerre, mais nous devons réagir en conséquence.

En second lieu, nous devons apprendre à vendre notre produit au bon prix avec un bon emballage et une bonne logistique pour livrer le client en temps et en en heure conformément à ce qui a été décidé précédemment. Vous savez, si la Jordanie ou le Maroc vendent leur datte Medjoul à plus de 10 euros le kilo, c’est qu’ils ont des gens sur le terrain qui sont agressifs commercialement.

La solution à court et à moyen termes pour augmenter nos parts de marché d’une manière exponentielle est bel et bien d’ouvrir des comptoirs sur les plus grandes places mondiales des fruits et légumes, à savoir Dubaï, Doha, Madrid, Amsterdam, sans oublier le marché de Perpignan en France, qui est une plaque tournante des fruits et légumes vers le reste de l’Europe. La création de filiales ou de comptoirs à l’étranger se doit d’être une formalité et non une procédure longue et sinueuse, vu qu’elle va apporter beaucoup d’avantages à l’opérateur algérien. Le client doit être au coeur de notre stratégie. Plus nous sommes proches de notre client mieux nous pourrons comprendre ses attentes.

Vous avez affirmé que les exportateurs algériens de fruits et légumes pourront bientôt exposer leurs produits dans le célèbre marché de Rungis de Paris, et que le Caflex est en négociations avec un grand nom de la logistique en France, dédié uniquement aux fruits et légumes ; peut-on en savoir plus sur cette question ?

Effectivement, précédemment, je vous parlais des différents acteurs de la chaîne de valeurs. Pour exporter un produit, nous avons besoin de plusieurs acteurs qui agissent dans le domaine de l’agriculture, des intrants agricoles, du conditionnement, de la logistique, etc. Le Caflex s’attache à rassembler les différents acteurs du domaine d’un côté comme de l’autre de la Méditerranée. Cela fais plus de deux ans, que nous sommes en train de mettre en place une plateforme logistique qui va nous permettre d’acheminer le produit algérien vers Paris et ensuite le redispatcher vers d’autres marchés de gros à fort pouvoir d’achat, notamment vers l’Europe du Nord. Notre partenaire dispose d’une grande expérience dans le domaine de la logistique des produits frais ainsi qu’une flotte de remorques réfrigérées basée en Europe. Ce sont des gens dotés d’une grande expérience dans le domaine de la livraison de produits frais et c’est un business 100% algérien et qui rassemblera les communautés des deux rives de la Méditerranée.

Le Caflex avance doucement mais sûrement et surtout de manière réfléchie. Nous avons un potentiel immense qui est notre communauté nationale établie à l’étranger ainsi qu'un produit de qualité qui fait l'unanimité. A nous d'exploiter cela à juste titre. Certains pays paient des millions de dollars en marketing afin de valoriser leur produit, alors que notre produit dispose d'une excellente image sur le plan national et aussi international, à nous d’en tirer un maximum de profit.

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