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Dr Monika Erath : Il faut rendre l’Algérie « commercialisable » en Allemagne

Dr Monika Erath : Il faut rendre l’Algérie « commercialisable » en Allemagne

Rédigé par Kheireddine Batache / Entretien / jeudi, 21 mai 2020 07:33

Parmi les perspectives économiques nouvelles annoncées par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, les partenariats bilatéraux de type win-win auront une cote élevée sur le marché des investissements étrangers. Symbole fort de ce modèle tant espéré par l’Algérie, la coopération avec l’Allemagne a des atouts de taille à en séduire les plus sceptiques de part et d’autre. Du moins sur papier. Pourquoi, donc, n’arrête-t-on pas de se regarder en chiens de faïence ? Quelles sont les barrières ? Une Europe endogène et rigide ? Absence d’un lien naturel ou inné ? Eléments de réponse avec Dr Monika Erath, directrice générale de la Chambre de commerce extérieure allemande, AHK Algérie.

L’ACTUEL : Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs succinctement, ainsi que votre organisme ?

Dr Monika Erath : Je m’appelle Dr Monika Erath. Je suis, depuis le 1er mars 2020, la nouvelle directrice générale de l’AHK Algérie. Née dans le sud de l’Allemagne, à Ulm, ville située sur les rives du Danube, j’habite depuis plus de 30 ans à Stuttgart, la capitale de Bade-Wurtemberg. Après avoir obtenu mon diplôme en sciences agronomiques à l'Université de Hohenheim (avec spécialisation en économie), j'ai occupé différents postes internationaux. Ces expériences m’ont permis de travailler dans différents pays et de m’occuper de divers domaines, tels que la direction de l’association, le lobbying dans les associations, le développement des prestations de conseil et de service orientées vers les membres, la mise en oeuvre de projets de conseils internationaux, etc. Ces activités m’ont donné l’opportunité de connaître une diversité de partenaires de l’économie, de la politique et de la société civile internationale. J’ai effectué ma thèse de doctorat sur le thème du renforcement des associations.

AHK Algérie est une organisation basée sur les membres. Donc, pour nous, notre mission centrale consiste à représenter les intérêts de nos membres au niveau politique, économique et public. En tant que représentant officiel de l'économie allemande en Algérie, AHK Algérie, orientée vers les besoins de nos membres, offre une large gamme de services qui permettent aux opérateurs économiques d'accéder au marché algérien, d'établir des relations d’affaires et de rechercher de nouveaux partenaires commerciaux. De même, nous nous engageons à apporter un soutien aux entreprises algériennes en matière d’entrée sur le marché allemand.

En outre, la Chambre participe de diverses manières à des projets internationaux qui soutiennent également les activités économiques bilatérales de nos membres et facilitent aux entreprises l’accès aux marchés des deux pays, si nécessaire en coopération avec d’autres pays.

Quels sont les services que vous proposez à vos membres ?

Nos activités de salon pour les exposants et visiteurs de et en Allemagne et respectivement d'Algérie complètent notre large portefeuille. Le réseau AHK est actif dans 140 bureaux dans 92 pays. Cela crée des synergies à l’échelle mondiale qui offrent d'immenses avantages à nos membres du monde entier. C'est exactement là où nous proposons de tout faire pour les soutenir de manière intensive à l'avenir.

Vous succédez ainsi à Marko Ackermann à la tête de l’AHK Algérie. Quels sont les axes stratégiques que vous souhaitez développer au sein de votre organisme ? Pouvez-vous faire un état des lieux des relations économiques algéro-allemandes, du point de vue des entreprises ?

Dans un premier temps, il s’agit de poursuivre les activités de l’AHK menées jusque-là avec succès. Nous voulons tout d’abord développer trois axes stratégiques :

Le premier axe est celui du renforcement des structures de communication avec les membres et les acteurs de l’économie, de la politique, des sciences et de la société en Allemagne et en Algérie. Cela consiste à renforcer davantage la communication avec et entre les membres. Nous sommes actuellement en train de développer différents formats, en proposant, par exemple, des tables rondes selon les secteurs d'activité et si nécessaire par zones géographiques, où il y aura un échange régulier et une discussion sur les sujets et les préoccupations communes.

Pour les membres des autres wilayas, nous lançons également une nouvelle plate-forme digitale afin de pouvoir dialoguer virtuellement avec les entreprises membres dans tout le territoire national à l’avenir, de manière à pouvoir débattre des stratégies d’actions communes. En coopération avec diverses Chambres d’industrie et de commerce des Länder allemands, des journées d’information sont prévues, tout comme des échanges d’expériences entre des experts en provenance d’Allemagne et nos membres en Algérie. L'objectif étant de permettre une perception plus étroite de l'Algérie et son immense potentiel économique, ainsi qu'une plus large participation des acteurs allemands aux différents événements économiques en Algérie.

Le deuxième axe concerne nos services destinés à nos adhérents. Vous avez probablement observé que nous avons traité une grande variété de sujets sous forme numérique exclusivement pour nos membres, sous forme de webinars, au cours des dernières semaines. De plus, nous voulons offrir des voyages sectoriels spécialisés, adaptés aux besoins de nos adhérents. Prochainement, d’autres formats seront développés selon un sondage auprès de nos membres dans lequel les besoins des entreprises seront définis.

Le troisième et dernier axe concerne les projets. L'objectif est de faciliter à nos entreprises membres l'entrée sur le marché à travers des programmes de financement en Allemagne et en Algérie. Pour cela, nous examinons divers instruments de projets disponibles et que nous essayons d'activer dans l'intérêt de nos membres.

Pourquoi, selon vous, les IDE (investissements directs étrangers) allemands en Algérie sont en deçà du potentiel économique des deux pays ? Que faudrait-il faire pour les hisser à un niveau qui reflète les intentions affichées de part et d’autre et d’accentuer la coopération bilatérale ?

Il y a encore un potentiel d’amélioration des investissements étrangers, notamment allemands en Algérie. Comme base décisive, l’Algérie devrait continuer à améliorer les conditions réglementaires pour attirer plus d'entreprises allemandes chez elle. Le positionnement de l’Algérie en tant que partenaire dans les échanges commerciaux et les investissements en Allemagne représente également un levier important. L’AHK, en tant que partenaire solide et compétent, offre ses conseils et son assistance à l’économie algérienne.

Quels sont les secteurs économiques qui intéressent le plus les entreprises allemandes en Algérie et vice versa ? Et qu’en est-il du secteur numérique que l’Algérie souhaite développer via des partenariats internationaux ?

Plusieurs secteurs économiques revêtent un intérêt particulier chez les entreprises allemandes. Il s’agit, notamment, de la santé qui, selon l'annonce du gouvernement ces derniers jours, doit faire l’objet d’une réforme fondamentale. L'Algérie pourrait bénéficier de l'expérience de l'Allemagne en collaboration étroite et renforcée avec les entreprises allemandes.

Le secteur de l'énergie, et ici en particulier du domaine des énergies renouvelables, revêt également une importance capitale. Heureusement, la création d’un institut d’études supérieures de l’énergie a été annoncée depuis quelque peu seulement. Les entreprises allemandes peuvent apporter une contribution à la mise en oeuvre du plan gouvernemental, une création d'un approvisionnement énergétique reposant sur les énergies renouvelables d'une capacité allant jusqu'à 15.000 mégawatts au cours des 10 à 15 prochaines années. Le partenariat officiel énergétique germano-algérien, qui existe depuis 2016, peut fournir un soutien très essentiel.

Un troisième domaine concerne l'agriculture et l'industrie alimentaire. L’Algérie a un très bon potentiel pour développer une chaîne de valeur solide dans l'industrie agricole et alimentaire. En outre, une économie agricole efficace nécessite une technologie moderne et également des spécialistes bien formés. Cependant, les expériences d'autres pays montrent qu’il ne sera pas possible de générer la demande exclusivement à travers la production nationale à moyen et long termes sans un soutien important en matière de financement et d’amorçage de la stratégie.

Mais il est impératif pour tous les secteurs de s’adosser à une formation professionnelle solide et orientée vers la pratique, comme le système duale (théorie et pratique) en Allemagne. L’AHK se propose d’agir comme une interface de la politique et de l’économie ainsi qu’une plate-forme dédiée à divers formats de formations continues et professionnelles.

D’après vous, que manque-t-il à l’Algérie pour attirer davantage d’entreprises allemandes, non seulement vers son marché mais plus spécialement vers des secteurs jusque-là délaissés par les partenariats bilatéraux, comme l’agroalimentaire, la santé ou l’économie du savoir, notamment après la suppression de la règle dite 51/49 ?

J'ai déjà souligné l'importance d'améliorer l'environnement d'investissement et de rendre l'Algérie « commercialisable » en Allemagne. Parmi les mesures phares qui peuvent assurer à l'Algérie une meilleure attractivité en termes d’IDE allemands, il y a l’amélioration de la sécurité juridique et la planification. Pouvoir prendre des décisions administratives publiques rapides et efficaces surtout lorsqu'il s'agit de permis de construction ou d'autres transactions immobilières serait à l’avenir un atout de taille à faire valoir, tout comme la réception des crédits, la protection des investissements et l’opération du commerce transfrontalier.

De son côté, l’AHK s’engage déjà à présenter le fort potentiel de développement que l'Algérie offre à l'économie allemande. Pour cela, nous participons régulièrement à des journées de consultation dans diverses Chambres d'industrie et de commerce dans toute l'Allemagne, dans des forums spécialisés, des tables rondes ou des conférences. Les participations à des foires commerciales jouent également un rôle important en Allemagne et en Algérie. A ce titre, nous espérons que les salons reprennent leurs activités bientôt et que nous puissions soutenir les entreprises intéressées à y prendre part.

Le projet Desertec est depuis plusieurs années au coeur de la coopération entre l’Allemagne et l’Algérie, pensez-vous que c’est une opportunité réelle de développement du secteur énergétique des deux pays ?

Un projet comme Desertec peut contribuer efficacement à l’orientation de la politique énergétique algérienne à l’ère du renouvelable et à la transition vers une énergie propre et durable. Mais cela ne suffit pas si les efforts se concentrent sur un seul projet, car les sources d’énergies durables en Algérie diffèrent d’une région à une autre et la technologie dans ce domaine évolue rapidement. Par conséquent, il faudrait mettre en place plusieurs projets adaptés à chaque région. Tout cela doit être accompagné par une bonne politique sur l’efficacité énergétique, car il ne sert à rien de développer des sources nouvelles pour augmenter la production énergétique, sans en maîtriser la consommation.

Le savoir-faire et la notoriété de l’industrie allemande sont très appréciés en Algérie. A l’heure où le gouvernement cherche à tout prix à sortir du « tout hydrocarbures » en invoquant un nouveau modèle économique, via une feuille de route qu’il juge ambitieuse mais urgente, quel rôle pourrait jouer l’AHK dans la mise en place de ce modèle ?

La Chambre algéro-allemande de commerce et d’industrie travaille constamment au développement des relations économiques entre les deux pays à travers différents services, mais aussi avec les différents partenaires. Notre économie, via ses entreprises performantes et innovantes, peut accompagner le gouvernement algérien et les opérateurs locaux à la mise en oeuvre de leur plan d’action. L’Algérie peut profiter de l’expérience allemande dans plusieurs domaines comme l’industrie lourde en particulier, mais aussi la santé, la gestion des hôpitaux, les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, l’industrie agroalimentaire, la gestion des déchets et de recyclage. Mais aussi à travers la formation professionnelle orientée vers la pratique.

Le mot de la fin…

Je souhaite vivement que l’Algérie puisse atteindre ses objectifs tracés pour son avenir à court terme, et que l’AHK Algérie puisse jouer un rôle important dans le développement des relations économiques entre l’Allemagne et l’Algérie à moyen et long termes.

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